A chaque bougie de plus sur le gâteau de La Tuile, Pierre-André Marchand repense à cette constatation bien de lui: «une lutte de libération consiste à chasser des morues étrangères pour les remplacer par des morues bien de chez nous», en concluant qu’il n’aurait jamais cru avoir autant raison...
C’est en rentrant de séjours à Bogota et au Québec que le jeune instituteur qu’il était alors pris le poul de la lutte de libération du Jura et trouva qu’on «chialait beaucoup» par ici, comparé à ce qu’il avait vu ailleurs. On était dans les années 68-70, celles où il se passait des choses, ce qui plaisait bien à ce pam qui aimait rire et s’indigner avec les amis, les potes, les vrais. C’est donc dans cette ambiance fébrile que Pierre-André fut en charge des PV du Bélier, mouvement dont il soutenait la cause mais pas toujours les mentors. «L’ambiance au Bélier était assez boy-scout. D’ailleurs les femmes n’y étaient pas admises», remarque-t-il. Toujours est-il que la première fois qu’il rendit compte des séances, il ne put s’empêcher de tourner en bourrique celui-ci ou celui-là et de relever avec malice quelques faits et gestes. Ce fut un succès total. «La séance commençait par des éclats de rire et du coup tout le monde venait à l’heure! C’est comme ça que je suis devenu «l’ouvre-gueule» du Bélier».
Depuis un petit moment l’idée de créer un journal «rigolo» lui trottait dans la tête: «drôle mais très manichéen. Pour nous il y avait les cochons de Bernois et les bons Jurassiens. Mais au deuxième numéro, on tapait déjà sur une Jurassienne de Moutier...».
Pierre-André Marchand lance donc son journal avec quelques autres comparses, issus du Bélier, qui furent priés de quitter le navire pour cause de divergences de vues (ils les avaient étroites). «J’ai vite compris qu’il fallait faire sans eux. C’était quand même la première fois que quelque chose de séparatiste se faisait sans Béguelin», se rappelle le bouillant rédacteur. Pourtant, La Tuile et sa rédaction appellent le canton du Jura de leurs voeux: «j’ai toujours été séparatiste, mais quand je m’en suis pris à Béguelin et à ses idées «ethniques» extrémistes, La Tuile s’estmise au service des gens à défendre sans distinction aucune. Juste des victimes d’injustice. Et surtout j’ai attaqué ce canton et ses compromissions». C’est ce rôle que défend toujours Pierre-André Marchand lorsqu’il dénonce et pourfend. La Tuile, un nom qui a été trouvé par son père: «on avait cherché des noms pendant des mois, on ne trouvait rien qui fasse tilt. Je demande donc un jour à mon père quel titre il donnerait à ce genre de journal et il me dit tout de go: La Tuile! C’était évident non?»
Outre son contenu rédactionnel, La Tuile a été - et est toujours - un repère de géniaux et talentueux dessinateurs comme le plus connuMartial Leiter qui a été quasiment lancé par le journal (et qui signe la couverture de ce 40e anniversaire), Josy Simon, Rémy Grosjean (Reg),Guznag et le peintre Gérard Bregnard dont le dernier dessin fut pour La Tuile. Bien que ses 1500 exemplaires mensuels partent aux quatre coins de l’Europe, le plus important pour son créateur n’est pas l’audience, mais l’Amitié avec un grand A, celle qui a permis à La Tuile de vivre et de s’indigner en toute liberté.
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