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La deuxième vie artistique de Gérald Chevrolet |
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Ce dramaturge reconnu a passé le plus clair de sa vie à Genève. Etabli depuis peu
en Ajoie, son pays natal, il y découvre toute la richesse créative dans laquelle il s’investit.
 Gérald Chevrolet Comme dans la chanson
Nul ne guérit de son enfance
de Jean Ferrat,
Gérald Chevrolet pourrait
faire siens ces vers : «Sans
que je puisse m’en défaire/Le
temps met ses jambes à mon
cou/Le temps qui part en marche
arrière/Me fait sauter sur ses genoux
»... Car si aujourd’hui le comité
des Echaîpouses de Coeuve
peut se féliciter d’avoir choisi
son projet de spectacle, c’est
parce qu’un jour Monsieur
Chevrolet a retrouvé le chemin
buccolique que parcourait
Gérald, lorsqu’il explorait la nature
poétique de Bonfol, son village
natal.
Magie de l’enfance
Une poésie qui cadrait bien avec
son tempérament d’enfant un
peu fragile, rêveur, qui ne se plaisait
que dans les livres et les bois.
Dans les pages comme sur les
sentiers, son imagination solitaire
se nourrissait d’histoires
fantastiques, de personnages
magiques et d’un monde dont il
était le seul à avoir la clé...
«Je suis né en 1955 au sein de
deux familles totalement différentes.
Du côté Chevrolet, il y
avait ma grand-mère qui vivait
seule et qui gagnait mal sa vie,
alors que chez ma mère, c’était
une grande famille d’agriculteurs
d’origine suisse-allemande.
Parfois on était jusqu’à vingtcinq
à table, avec les valets et les
aides! Cela a frappé ma sensibilité
et nous y sommes beaucoup
retourné en vacances, après notre
déménagement à Bévilard
alors que j’avais dans les 6 ans».
Bonfol reste donc un souvenir
très vivace dans la mémoire du
futur dramaturge: «Pour l’enfant
que j’étais, c’était un lieu de poésie,
de découvertes, de confrontation
avec la nature, les animaux.
C’est aux étangs que -
comme beaucoup d’autres - j’ai
appris à nager et à patiner.
C’était vraiment magique...» Les
années d’insouciance succèdent
aux années d’école, à Bévilard où
la famille de Gérald - un frère et
une soeur - s’établit pour raisons
professionnelles. Gérald passe
ensuite sa matu au gymnase de
Bienne puis apprend les lettres à
l’Université de Neuchâtel. «C’est
là que j’ai rencontré le théâtre.
Jusque là, je n’avais vu que le
Roman de Renard donné par le
TPR - j’avais 12 ans environ - qui
sillonnait tous les villages à l’époque.
C’était inhabituel de rencontrer
la culture ainsi. Rien
n’existait à ce moment-là.»
Suite à cette «révélation», le
jeune universitaire s’inscrit au
Conservatoire et fait ses premiers
pas dans l’écriture en publiant
un recueil de poèmes aux
Editions de l’Enfer - ça ne s’invente
pas! Dans ce microcosme
de jeunes auteurs et acteurs que
côtoie Gérald, il rencontre notamment
le comédien Roland
Sandoz qui le
pousse à s’inscrire
à la toute
nouvelle Ecole
supérieure d’art
dramatique à
Genève. Son
mentor avait vu
juste puisque
non seulement Gérald y entre
mais il en ressort diplômé en dramaturgie
et commence une carrière
et une vie jalonnée de succès
et foisonnante de rencontres,
de passion et d’émulation incroyables.
«J’entre assez automatiquement
dans le mouvement
«off» et indépendant, qui revendiquait
un théâtre à l’inverse de
celui que pratiquait l’art officiel,
taxé de ringard». Pris dans un
tourbillon de création enthousiaste,
il monte une compagnie,
obtient avec ses compagnons
d’armes un théâtre, et bientôt la
reconnaissance officielle, les
subventions qui vont avec et surtout
l’adhésion du public. «On ne
gagnait rien! Heureusement que
j’avais ce diplôme en dramaturgie
qui me permettait de vivre à
50% de l’enseignement». Il lutte
aussi pour la reconnaissance des
droits de ces métiers «oubliés» du
système social.
«Mainou»...
Mais sa vie va prendre une
«épaisseur» autant affective que
professionnelle avec la rencontre
de la comédienne Germaine
Tournier, alors âgée de 78 ans.
«Elle fut une comédienne hors
pair et respectée avec qui j’ai collaboré
des années. Elle a notamment
joué le monologue que
j’avais écrit pourma grand-mère,
La vieille immobile, qui a connu
un grand succès. Cela nous a
beaucoup rapproché jusqu’au
jour où elle me fit découvrir sa
maison à Vandoeuvres. Et là je
me suis dis que j’avais trouvé une
sorte de grand-mère idéale: 5 000
livres, des lettres, des disques,
des phrases de Simon, de Pitoëff
dans le livre d’or! Toute la culture
habitait chez elle.» Germaine
Tournier vit quant à elle une
deuxième existence
en jouant
les textes de
Gérald: elle l’encourage,
le soutient,
participe à
fond à ses projets.
Lorsque
vient le temps
pour elle de penser à «l’après»,
elle lui confie les destinées de la
propriété, souhaitant que ce lieu
de création - trois bâtiments - devienne
un lieu voué au théâtre et
aux arts. Ils créent alors en 1998
avec quelques autres la
Fondation Johnny Aubert
Tournier, appelée aussi les
«Maisons Mainou» (surnom de
Germaine). Après bien des péripéties
et beaucoup de détermination,
ces résidences remplissent
aujourd’hui à merveille leur
fonction.
Un rêve artistique que la grande
dame avait remis entre les mains
de Gérald, qui a mené à bien sa
mission et qui continue de vivre
passionnément pour le théâtre,
en pensant souvent à elle.../htm
Hélène Theurillat-Moll
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