Secret, peu loquace, Cyril Graber est un personnage mystérieux, qui intrigue d’emblée en tant qu’artiste. Bien que peu habitué aux expos et aux interviews, cet enfant de Courtelary s’extravertit pleinement en créant. On le croit sculpteur; il se dit «assembleur». Et sans chercher à définir ses travaux, il nous laisse toute liberté pour les qualifier. Jusqu’au 30 septembre, ses dernières créations sont à découvrir dans le jardin de sa propre maison.
«Je n’ai donné que deux interviews jusqu’à présent. C’est la troisième fois, et ça me paraît toujours aussi bizarre...» Introverti, peu loquace, Cyril Graber ne cache pas ce qui le caractérise au mieux. Discrétion, modestie, humilité? Une réserve évidente, du moins, qui paraît l’avoir détourné d’un espace artistique conventionnel. Car pour présenter ses dernières créations, l’artiste de Courtelary a en effet opté pour son propre jardin. C’est donc au coeur d’un site verdoyant qu’on découvrira ses multiples assemblages jusqu’au 30 septembre.
En tant que partenaires d’un projet enthousiasmant, Lisiane et Emilie se complètent simplement à merveille. Suite à sa scolarité obligatoire à Moutier, la première a opté sans hésiter pour une filière sociale: «J’ai fait trois ans à l’EMSp (Ecole de maturité spécialisée) de Moutier, ensuite une année de stage en crèche à Malleray, puis une année en HES à Genève. C’est là que je me suis rendue compte que je voulais vraiment me cibler sur les enfants». L’aînée s’est plutôt orientée vers la psychologie. Peu à peu: «Je voulais d’abord être dans l’enseignement. Après, j’ai eu un déclic pour la psychologie de l’enfant, et c’est son développement qui m’a passionnée durant mes études ». Au sortir du gymnase biennois, Emilie a passé son Bachelor à Neuchâtel avant de s’en aller étudier au Valais: «Je viens tout juste de terminer un Master en droit de l’enfant à Sion». Il ne restait plus qu’à unir les compétences et oser se lancer...
En observant d’emblée cette présentation bucolique, on imaginerait volontiers sa souche dans un univers surréaliste d’enfant. Un monde de pâte à modeler à la Paul Klee, pourquoipas? Mitigé, Cyril Graber ne se l’explique pas outre mesure: «Je suis absolument incapable de définir mon art. Vraiment... Je pense que tout est assez inconscient. Je ne sais même pas si d’autres ont déjà fait quelque chose dans le genre...» Si ses oeuvres d’aujourd’hui paraissent peaufinées, abouties, sa formation artistique fleure quelque peu l’inachevé. Après l’initiation à 15 ans à la peinture à l’huile, ses études de graphisme partent bien vite à vau-l’eau. «J’avais commencé l’école d’arts à La Chaux-de- Fonds, mais je n’ai pas tenu plus de six mois». Un schéma assez identique se reproduit dès lors à Neuchâtel, où il suit durant une année les cours de l’Académie deMeuron. Sans plus... Entre jobs alimentaires et séjours à l’étranger, il se forme en autodidacte et trouve progressivement son style: le processus d’assemblage.
«Je trempe des rouleaux de bois dans le plâtre, et c’est comme ça que j’obtiens la matière pour faire mes assemblages». En détaillant ses réalisations, Cyril Graber livre une technique simple qui fait mouche. Son support favori depuis qu’il a lâché les pinceaux. Peindre devenait ma foi trop onéreux pour son budget modeste: «La peinture coûte cher! Là, j’ai seulement besoin d’acheter du plâtre, et trouver le moyen d’avoir du matériel de récupération ».
Artiste appliqué, Cyril Graber ne vit pas pour autant de son art. Papa du petit Issa, 18 mois, il se décrit en parallèle homme au foyer. «Sans formation, ni diplôme, maintenant, c’est devenu assez difficile de trouver un boulot. Même pour quelques mois. Ma femme travaille, et je m’occupe de notre enfant». Un statut qui s’est franchement improvisé, mais lui a en fait permis de créer à sa guise. L’artiste a besoin de temps et le reconnaît: «Si je travaillais, je ne pense pas que je pourrais créer autant le soir ou à côté....» Quant à devenir plasticien pro, le jeune artiste sourit timidement, hésite... «Tout dépend ce que ça implique. Il y a tout un travail en amont à faire. Comme préparer les expositions, par exemple... Chercher les galeries, relancer sans cesse les gens pour pouvoir exposer. Tout ça est très lourd». Les assemblages de Cyril Graber sont donc à découvrir d’ci le 30 septembre. Tous les matins de 10 heures à 11 heures 30, ainsi que les après-midi de 15 heures à 19 heures. Discret comme une souris, le maître de céans guidera en douce les visiteurs.
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