Ce n’est pas tellement dans
les habitudes de notre rubrique
de jeter notre dévolu
sur un personnage
«public», ou du moins en
charge d’une fonction «officielle
». Une fois n’est pas coutume,
«Les Gens» de cette semaine
donne la parole à Robert
Fellner, nouvel archéologue cantonal
mais avant tout archéologue
tout court, tant les intérêts
de l’archéologie qu’il sert et défend
passent avant le titre.
Pourtant, pas de grandes phrases
emphatiques ou de discours hermétiques
sur le rôle de l’archéologie
jurassienne aujourd’hui.
Non. Si la passion l’habite,
Robert Fellner la vit d’une façon
ordonnée et méthodique, extérieurement
du moins... Discret,
réservé même, extrêmement
courtois, ce nouveau quinquagénaire
a roulé sa bosse à travers le
monde entier pour se poser un
jour dans le Jura. Un chemin qui
lui confère le statut de citoyen du
monde, sans pourtant le revendiquer.
Car Robert est né à Madison,
dans leWisconsin (USA) en 1959.
Lotti, sa maman, est argovienne
et son père Carl, autrichien.
Lorsque ses parents se séparent,
il a presque quatre ans et se retrouve
à Aarau, ville natale de
Lotti qui décide de s’y fixer avec
ses deux fils, Robert et Thomas,
l’aîné. «A la maison, on parlait
suisse-allemand, mais j’avais
déjà commencé l’anglais et chaque
année, je rendais visite à
mon père aux Etats-Unis».
Vers l’âge de 17 ans, l’envie de
consacrer sa vie professionnelle à
l’archéologie se confirme. «Je
crois que j’ai toujours voulu faire
ça. Le passé, l’histoire, la géographie
ont été très tôt mes centres
d’intérêt. Je me rappelle qu’un
jour j’avais fait un trou dans le
jardin car je savais qu’il y avait
(peut-être) un élément de construction.
Et je l’ai trouvé!»
Donc départ pour les Etats-Unis
où il effectue ses études à
l’Université de Seattle et en sort
avec un bachelor. «J’en ai eu
marre tout à coup d’être là-bas.
C’est sûrement une question de
«programmation» sociale. J’ai été
élevé en Suisse où l’interaction
entre les couches de la population
est différente.
J’avais du mal à supporter cet individualisme
très poussé,
bien que d’un
autre côté, les
Américains sont
pourtant très
accueillants et
ouverts.» Bien
décidé à poursuivre
sa formation par un master,
il postule dans différentes
universités de par le monde et
choisit celle de Londres. Durant
ces études postgrade, le futur
docteur se fait la main sur différents
chantiers, notamment en
Suisse.
C’est ainsi qu’il fouille périodiquement
la terre jurassienne
pour le compte de l’archéologie
A16 qui en est à ses débuts. Ses
compétences - il termine son
master - et son expérience sur le
terrain le désignent pour endosser
la responsabilité du site d’importance
de Courtételle-Tivila,
de 1993 à 2004. «Un chantier
vraiment très intéressant qui m’a
beaucoup appris, autant du
point de vue archéologique, historique,
qu’humain. La collaboration
avec d’autres archéologues
engagés sur ce projet a été
très motivante sur bien des
plans. Il y avait une véritable
émulation entre nous et une passion
commune enrichissante qui
a profité à nos recherches. Nous
avons eu aussi la chance de pouvoir
fouiller sur de grandes surfaces,
grâce à l’immense chantier
de la construction de l’autoroute
».
D’autres responsabilitésEn 2005, Robert Fellner a l’opportunité d’accéder à une responsabilité supérieure, en s’investissant dans la direction commune de la Section d’archéologie, pour finalement reprendre le poste vacant d’archéologue cantonal en novembre dernier. Une fonction qu’il n’exercera plus qu’à 40% d’ici deux ans. «L’archéologie autoroutière sera en effet terminée. Mon rôle consistera alors à gérer le patrimoine archéologique, y compris celui d’avant l’A16, et conserver - si possibleles sites. Il faut inciter et encourager la construction hors de ces zones. C’est un patrimoine très important et non renouvelable qui est la mémoire de l’identité jurassienne. Je pense qu’il y a un réel intérêt de la population visà- vis de l’archéologie de notre région. Si on est patriote, on se doit de l’être aussi pour son passé»./htm Hélène Theurillat-Moll
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