«Je sais cuisiner, mais
c’est pas mon truc. Et
comme on se répartit
les tâches, je laisse
faire Gérard vu qu’il le
fait mieux que moi et que c’est
son péché mignon...» Au seuil
d’une cuisine qui fleure bon la
tarte tatin, Eric Bourquin parle
de son ami avec aisance. Pacsé
avec Gérard depuis trois ans, il a
été le premier Imérien à officialiser
un lien homosexuel. Et depuis
le 30 mars 2007, il forme
avec lui un couple affirmé, mais
discret, passe-partout. Leur vie
amoureuse est connue, acceptée
et respectée. Elle ressemble en
somme à toute union. Truffée de
moments tendres, de sorties entre
amis; voire minée de temps à
autre par d’inévitables coups de
gueule. Trouver ce juste équilibre
n’est toutefois pas allé de soi...
Enfant de Saint-Imier, Eric a
grandi parmi trois soeurs cadettes,
au sein d’une famille protestante
et passablement croyante.
Il se souvient entre autres d’une
ribambelle de bonnes copines.
«Je m’entendais bien avec les
filles. Je les trouvais plus intéressantes
que les garçons parce
qu’elles parlaient de tout. Et elles
n’avaient pas peur de parler de
leurs problèmes». A l’heure des
boums et des premiers émois, le
jeune ado n’éprouve pourtant
pas l’envie de flirter. «Ça me touchait
pas, et j’étais bien comme
ça». Appliqué à son apprentissage
d’horloger, il nourrit très tôt
des ambitions professionnelles:
«Je pensais surtout à me placer
dans la vie active. Je voyais déjà
mon parcours, et en tous cas pas
d’enfants avant trente ans».
Mariage annuléA l’âge de 27 ans, le jeune horloger se fiance pourtant à une jeune fille du coin. Il envisage même de l’épouser. «On avait fixé la date à fin décembre, mais j’étais pas convaincu. Et côté sexuel, je sentais bien que c’était pas du tout le type de relation que je recherchais». En proie au doute, Eric fait soudain une prise de conscience. A la veille des noces, il annule tout! Un choc imaginable pour la jeune mariée, mais une décision bien sentie, qu’Eric ne regrettera pas.
Eveil en IsraëlA l’occasion d’un séjour à Jérusalem, Eric suit en groupe un parcours biblique. «çam’a fait réfléchir et je me suis remis en question. ...» Le guide assigné se montre par ailleurs intuitif, flairant d’emblée en lui le personnage singulier. «Il était étonné de voir que j’étais un peu en retrait; pas toujours avec le groupe. Il a comme perçu que j’étais quelqu’un d’à part». L’autochtone lui tient alors des propos surprenants: «On a discuté, et il m’a dit que c’est l’homme qui juge et non Dieu... J’ai pas tout de suite compris, mais il am’a répondu que j’aurais un déclic en rentrant...»
Coming outA l’âge de 32 ans, Eric fait enfin son coming out. D’abord décontenancée, la famille l’accepte peu à peu. L’entourage également: «ça s’est finalement bien passé. Sûrement parce que je ne faisais pas dans l’extravagance». Aiguillé par un collègue gay, il découvre dès lors l’univers homo urbain. A Bienne, Bâle ou Zürich, il fréquente boites et saunas. Il devient un habitué du milieu, sans pour autant cumuler les aventures. «J’avais mon amant attitré. Il passait de temps en temps le soir, et ça a duré environ une année». Question de délirer un peu, il participe aussi à quelques gay pride. Et voilà qu’en 1998, Eric r e n c o n t r e Gérard. Pas d’impétueux coup de foudre entre lui et le Delémontain, mais une complicité immédiate, alcaline: «On s’est tout de suite bien entendu. J’allais partir à Amsterdam, et il m’a donné le Guide gay spartacus. J’ai alors senti qu’il avait envie que je le rappelle à mon retour...»
Nombreuses passionsSuite aux mêmes démarches que celles du mariage, le pacs n’autorise cela dit pas l’adoption. Mais Eric partage avec Gérard de nombreuses passions. Notamment celles des voyages, de l’art et des beaux objets. Tous deux collectionnent d’autre part les modèles réduits. A la différence que si Gérard aime les voitures, Eric leur préfère de loin les avions.../sdn Salomé Di Nuccio
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