«Un jour je me suis
amusé à calculer le
métrage de film que
j’ai manipulé au
Colisée. Ça représente
40 fois le tour de la terre!».
Jean-Louis Voisard n’a pas seulement
bobiné, préparé, débobiné
et passé des milliers de films
dans son cinéma, il a aussi vu des
centaines de longs métrages
avant de reprendre le Colisée, aujourd’hui
seul cinéma d’Ajoie
après la fermeture du Moulin.
Ce n’est effectivement pas par
hasard que ce natif de
Bressaucourt a voué presque
toute sa vie aux écrans noirs. A
peine sa scolarité terminée, il suit
sans grande conviction l’école de
commerce et gagne sa vie au gré
des opportunités: employé de
bureau, agent d’assurances. Des
jobs qui ne le motivent pas vraiment.
Car sa vraie vie, c’est le cinéma.
La magie des salles obscures l’envoûte,
les acteurs le fascinent. Il
n’a pas assez de temps pour s’immerger
dans toutes ces histoires
sur grand écran: pendant dix ans,
il se nourrit de films, leur consacrant
tout son temps libre. «J’allais
au moins six à sept fois par
semaine au cinéma. A l’époque,
le Moulin passait deux films par
semaine et le Colisée aussi. Puis
je filais à Audincourt, où je pouvais
encore me rassasier d’images
dans les deux salles qu’il y a
avait alors».
Des hélices au projecteurEn 1980, Jean-Louis se lance dans l’aéronautique en passant son brevet de pilote à l’aérodrome de Courtedoux. C’est là qu’il rencontre le propriétaire du cinéma Colisée, Réné Hurni. Entre les images vues du ciel et celles des salles obscures, ils se trouvent évidemment des affinités et deviennent amis. «En janvier 1982 - j’avais trente ans - René me dit: «je vais vendre le cinéma. Et ça prendra le temps qu’il faudra, mais c’est toi qui l’aura». A l’époque je travaillais dans les assurances, et c’était vraiment pas mon truc. Le temps de m’organiser financièrement, et le 1er juillet de cette même année j’achetais officiellement le Colisée!».
Le magnétoscopeIl prend de suite les choses en main et procède à des rénovations. De 1982 à 1989, Jean-Louis investit dans de nouveaux fauteuils, rénove le hall d’entrée, et manie le pinceau et le tournevis entre deux bobines de films. «De 1982 à 1986, ce furent vraiment de belles années. Mais voilà: en 1986, le magnétoscope entre dans les salons. Les cinémas ont morflé... Puis, heureusement, les gens se sont lassés de cette nouveauté et ont retrouvé le plaisir de sortir, le plaisir de découvrir un film sur grand écran, d’apprécier un spectacle à part entière en fait!» Dans les aménagements consentis pour offrir un équipement de qualité, l’écran en est un, et non des moindres: «je suis le seul cinéma à offrir la même qualité d’écran aux spectateurs que celui de la Piazza Grande à Locarno».
CinémajoieEn se rémémorant ses souvenirs cinématographiques, Jean-Louis évoque un événement exceptionnel que Porrentruy a eu la chance de vivre: Cinémajoie. Un festival de cinéma qui vécu trois éditions, de 1984 à 1986. «Le Moulin existait encore, exploité par Bernard Studer. C’était fou de recevoir à Porrentruy des gens comme Jean Carmet, Anémone, Richard et Romane Bohringer, Gérard Jugnot, Jean-Hugues Anglade, Aldo Macione et Alain Corneau, entre autres! J’étais devenu ami avec Carmet que je devais aller voir à Paris. Quatre mois avant ma visite, il est mort...»
L’avenirPour l’heure ce qui occupe - pour ne pas dire préoccupe - Jean- Louis Voisard, c’est le passage au numérique. «D’ici la fin de l’année, il n’y aura pratiquement plus de films en 35 mm. J’ai déjà l’écran et l’équipement audio. «Reste» à acquérir le système numérique proprement dit. Et c’est 165 000 francs...» Jean-Louis ne se fait pourtant pas trop de soucis. Il sait qu’il peut s’appuyer sur l’infrastructure des Amis du Colisée, habilitée pour solliciter des fonds d’aide à diverses associations ou fonds de soutien culturels, étatiques ou pas. «Je ne sais pas si la ou plutôt les communes d’Ajoie entreront en matière. Je ne sollicite rien à titre privé, tout comme je n’ai rien demandé non plus à la commune de Porrentruy l’année passée, contrairement a ce qu’on a pu le lire dans un journal régional». Du cinéma, Jean-Louis n’aime en effet que celui qui est projeté dans sa salle... Quant à lui, il ne voit plus aucun film : »je suis saturé», mais visite les cinémas du monde. «Le plus insolite que j’ai vu c’était l’année passée à Cuba. Une salle délabrée et quelques vieilles chaises en bois. Les machines étaient rouillées et l’écran tombait en ruine. Le film, c’était un dvd que les gens regardaient sur une antique télé plantée au milieu de la salle!»/htm Par Hélène Theurillat-Moll
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