«Je me suis pas mal baladé,
et j’ai un peu
photographié des
gens au feeling, tels
qu’ils sont. Et pour y
arriver, je pars du principe qu’il
faut un visage neutre. Je ne veux
pas qu’ils sourient ou qu’ils tirent
la gueule. J’ai envie de voir
comme un visage qui sommeille,
qui ne soit pas crispé mais détendu
». Avec sa spontanéité habituelle,
Augustin Rebetez s’exprime
sur Ici et maintenant, son
expo photographique en cours à
Espace Noir. Selon une de ses
nombreuses démarches artistiques,
le jeune photographe a mis
sur pied un projet d’intérêt local.
Avec des sites et des personnages
du coin; introduisant ainsi les
Imériens dans le vif du sujet:
«C’est leur village, avec des endroits
qu’ils connaissent. Ils peuvent
reconnaître des gens, des
lieux. Ca les concerne. C’est clairement
du documentaire».
Famille d’artistesCitoyen de Mervelier, son village natal, Augustin Rebetez a grandi dans une famille résolument ouverte à l’art et la culture: «Avec ma mère, par exemple, on faisait énormément de bricolages, de dessins. Elle a un grand atelier de peinture dans la maison, et elle nous mettait tout le temps des feuilles sous la main. Les gens disent souvent de nous qu’on est une famille d’artistes». Doué pour le dessin, le petit Augustin se passionne aussi très vite pour le 7e art. L’univers des vidéastes le fascine. Mais suite à ses études au lycée de Porrentruy, on lui recommande une école d’arts de Vevey. «A 18 ans, on ne peut pas vraiment entrer dans une école de cinéma. Ils prennent souvent des gens qui ont déjà de l’expérience ». Partant pour l’école d’arts appliqués, il y démarre une formation de photographe, séduit par la possibilité d’obtenir un CFC au bout de deux ans. Et voilà qu’une phase à priori transitoire se révèle peu à peu déterminante quant à ses objectifs professionnels. «Pendant ces deux ans, j’ai un peu oublié l’aspect cinéma qui me motivait au départ. Je me suis rendu compte qu’il y avait plein de trucs intéressants à faire en photo. Du coup, j’ai continué dans la même école avec deux ans de formation supérieure». Un apprentissage costaud, aussi technique qu’artistique, couronné en juin dernier d’un diplôme référentiel.
La valse des imagesPhotographe avant tout, Augustin n’a pas pour autant décroché de la vidéo. L’année 2009 s’est d’ailleurs avérée riche en concrétisations diverses.Deux de ses courts métrages ont notamment été primés. Au Jugendfilmtage de Zürich courant mars, puis en novembre dernier au Youki Festival de Wels (Autriche). Il a collaboré de plus avec des potes. Les rockers de Télévator, plus précisément, pour lesquels il a réalisé un clip d’animation: «On a photographié des dessins qui bougeaient, image par image. Ca mêle un peu de tout, et c’est un bon exemple de ce que j’aime faire». Mais le jeune Jurassien s’est surtout illustré de par un travail photographique original: Gueule de bois. Une présentation mystérieuse, captivante, pointant le pôle mélancolique des ambiances festives et des botellones: «J’avais exposé à divers endroits, dont le Musée de l’Elysée à Lausanne et le Photoforum à Bienne. Ce qui a entraîné pas mal de rebondissements médiatiques. Et le thème en soi, avec des noces et des beuveries... Ça a fait pas mal jaser!»
Grands projets«J’ai différents mandats intéressants. Mais comme j’adore faire des expos, j’essaie d’en faire le plus possible. Même si ce n’est pas avec ce genre de boulots qu’on se fait des ronds». Artiste indépendant et réaliste, Augustin Rebetez tente de faire sa place dans un univers culturel qu’on sait ardu. Il couve néanmoins quelques beaux projets pour 2010. Tandis qu’Ici et maintenant sera visible à Espace Noir jusqu’au premier avril, une prochaine expo est d’ores et déjà pressentie à l’ARTsenal de Delémont. Reste à évoquer la cerise sur le gâteau. Car Augustin a fait l’objet d’une sélection pour une présentation collective et itinérante, qui devrait voir le jour durant l’été «C’est un projet qui s’appelle Regénération, et qui est mis sur pied par le Musée de l’Eysée à Lausanne. Ils ont contacté chaque école de photo dans le monde pour obtenir les meilleurs dossiers de leurs étudiants.» Notons que sur 80 Books retenus figure celui d’Augustin. Bravo!/sdn Par Salomé Di Nuccio
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