«J’avais un rôle de civil
russe. Mais si ça se
trouve, on me verra
juste pendant quelques
secondes». Dans
une chambre façon musée militaire,
Julien Vigna raconte sa
toute récente expérience de la figuration.
Le jeune Prévôtois
vient en effet de participer au
tournage d’Ispansi. Un film de
Carlos Iglesias sur fond de conflit
mondial, partiellement tourné
dans l’Arc jurassien. Un contexte
attrayant pour ce passionné de
Russie et d’armement, qui voue
inévitablement un culte à
l’Armée rouge.
Fusil de papaSans la moindre souche slave, Julien Vigna est né à Moutier en 1982. Il grandit dans la cité prévôtoise, à deux pas de la Birse et bien loin de la Volga. Le petit garçon se passionne très tôt pour l’armement. Précocement, par ailleurs; vers l’âge de cinq, six ans: «Quand je voyais des armes j’étais tout fou. Je prenais le fusil d’armée de mon père, et j’allais sur le balcon avec pour faire le sac. Il y avait ça et les têtes de mort. Tout ce qui était crânes, squelettes, j’adorais! Je regardais sinon toujours les films de guerre, et surtout la série L’Enfer du devoir». «J’étais anti Yankee; je ne pouvais pas les voir! Je trouvais qu’il nous en mettaient plein la tronche avec leur propagande. Je pense que ça m’a inconsciemment guidé vers le contraire; vers l’ennemi ». En étudiant la Révolution d’octobre en classe, Julien ado s ’ i n t é r e s s e d’emblée à la patrie de Lénine. Il se fond dans l’histoire du pays, cherche à connaître ses moeurs, sa musique, ses institutions: «Je trouvais pas mal d’être une fois pour les ouvriers et pas toujours pour les patrons. J’ai approfondi le truc à ma sauce, et je dois dire que je me suis un peu auto-endoctriné ». Il s’enflamme dès lors sans ambages pour l’illustre Armée rouge, fasciné par ses uniformes et un attirail qui lui est propre. «A mon avis, les armes et les avions russes ont une gueule que les autres n’ont pas. Le Mig 29, par exemple, c’est un avion qui a une super ligne!»
Sol sacréAu printemps 2006, Julien réalise un premier objectif. Il découvre enfin Moscou et le Kremlin, magiques au crépuscule. Fasciné par les beautés de la capitale, il assiste de plus aux parades du 9 mai. «C’était la première fois que j’allais sur le sol sacré, et pour moi c’était déjà exceptionnel». Il met ensuite le cap vers Viazma, à quelque 200 km. «C’était pour faire un vol en avion de chasse. A bord d‘un Sukoyel 39, un petit biplace d’entraînements».
Membre de l’AVMPropriétaire d’un side-car, Julien Vigna est devenu membre de l’AVM(Amicale des véhiculesmilitaires). Il participe ainsi régulièrement à des rencontres et des concentrations. Aux quatre coins de la Suisse, mais aussi dans les pays limitrophes. Il s’est rendu à trois reprises en Normandie, à la commémoration du débarquement. Et c’est avec fierté et un certain culot qu’il y a revêtu l’uniforme soviétique: «Contrairement à ce que je pensais, les gens ont bien aimé. Ils étaient contents de voir autre chose que des Yankees et on m’a beaucoup pris en photo».
Rêve de gossePolymécanicien de formation, Julien aurait aimé intégrer la Marine suisse: «Je n’ai pas pu à cause d’une histoire d’anglais. C’est obligatoire et j’ai pas envie de le maîtriser. Tout ce qui est anglais, je fais un blocage...» Outre voler une seconde fois à Viazma, le jeune Prévôtois nourrit un deuxième rêve assez fou. Quoique réalisable sur un long terme: «J’aimerais avoir mon propre sous- marin. J’ai déjà les plans, et je vais essayer d’en faire un petit avec un copain. Il pourrait être en construction chez lui à Yvonand (nord vaudois), et on le testerait dans le lac là-bas». De la musique d’avenir pour JulienVigna, mais qui ne serait pas cette fois du cinéma.../ sdn Par Salomé Di Nuccio
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