«Dans le monde du bénévolat, on s’épanouit en relativisant ses problèmes» Artisane aux Breuleux, Rose-Marie Saucy n’est plus à une heure près de bénévolat. Elle se déleste, par ce biais, de tracas qu’elle considère moindres face aux misères d’ailleurs. En tant que responsable du Magasin du Monde de Saignelégier, elle investit en moyenne six heures par semaine pour une bonne cause: celui du commerce équitable. Depuis 2005, au sein d’une équipe de 24 bénévoles, elle s’engage pour les droits des producteurs et travailleurs du tiers-monde, trop souvent exploités, abusés par le pouvoir d’achat des pays industrialisés. Une filière et un processus auxquels elle croit à fond. «On leur assure un soutien dès le départ, et c’est justement ce qui est intéressant dans la démarche ».
Au seuil de la retraite et fraîchement grand-maman, Rose-Marie Saucy est une sexagénaire très active. Pas prête à céder son atelier de peinture sur porcelaine. En parallèle, sa fonction au Magasin du Monde n’est pas des moindres. Le faible taux d’occupation n’est qu’un leurre. Devenue responsable en 2007, elle vaque aux taches d’une gérante ordinaire, entre vente, décoration, gestion du stock et autres travaux de comptabilité. «Il nous faut aussi faire de la promotion. Trouver un marché, se faire connaître et montrer qu’on est là». Une implication continue, sans pour autant toucher un centime de plus que ses collègues. «C’est toujours du bénévolat. Il nous faut juste... consacrer un peu plus de temps».
Lors d’un voyage au Pérou en 2004, Rose-Marie n’a pas seulement pris conscience de la précarité des autochtones. «Quand j’ai vu le prix que les artisans demandaient pour leur travail, j’ai pensé au prix de vente qu’on voit en Europe. Au moins 100 fois plus! J’ai bien vu qu’il y a des gens qui se sucrent et que ce n’est pas juste!» Sur place, la réalité était frappante; toute autre que celle montrée dans les documentaires écrits ou télévisés... De retour dans les Franches, l’artisane a voulu en apprendre davantage sur les échanges commerciaux internationaux. Elle s’est informée auprès de divers réseaux. «Je voulais essayer de savoir quelles organisations soutenaient efficacement ces producteurs ». En s’approchant des Magasins du Monde, elle a découvert une filière intéressante, qu’elle n’entrevoyait finalement qu’en partie. En visitant l’échoppe de Saignelégier, une brèche s’est ouverte d’emblée. «La responsable de l’époque m’a tout de suite dit que je pouvais commencer le lendemain».
Sensible à la cause du commerce équitable, la Breulotière s’engage néanmoins de parts et d’autres. Au Magasin du Monde, son travail de bénévole n’est qu’une partie de l’iceberg. Secrétaire de la SJE (Société jurassienne d’Emulation), elle tient aussi la caisse du Cinéma Lux du village, à raison d’environ deux soirs par mois. Ceci en prenant part à divers collectifs de travail. «Pendant trois ans, j’ai participé à un groupe d’étude pour des chemins didactiques aux Breuleux». Les premiers élans altruistes datent de son enfance à Porrentruy. Rose-Marie pense avoir développé cette tendance en famille. «J’ai eu une belle enfance, et une autre vision que le repli sur soi». Mariée dès 1973 à un vétérinaire, elle a elle-même prodigué des soins aux animaux. Dès 1976, elle a même démarché pour adopter; accueillant Daniel en 1979, puis Grégoire l’année suivante.
Comme toute vendeuse des Magasins du Monde, Rose-Marie prend ponctuellement part à divers marchés et animations. Les Marchés de Noël de Saignelégier, et notamment le Marché Bio. «Pour nous, c’est un gros travail! On y assure une permanence, et on fournit aussi en partie la cantine en produits bio».
Suite à la Journée mondiale du commerce équitable du 12 mai, le programme des Magasins du Monde suit son cours. A l’instar de ses consoeurs, Rose-Marie prend à coeur le thème 2012 de l’organisation; soit le marché équitable des fruits secs. Un chouette sujet, sur fond de campagne intéressante. «Contrairement aux fruits frais, les fruits secs sont cultivés, récoltés, conditionnés puis emballés sur place. Ça occupe un plus grand nombre de personnes et ça fournit des emplois». Par ailleurs, elle souhaiterait valoriser le statut de bénévole auprès des jeunes, sachant qu’elle a ellemême une carte à jouer.
En donnant au milieu une image dynamique; afin de démontrer qu’il n’est pas «ringard», ni même «un monde de mamies»
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