Depuis quelques semaines, elle est la première femme à présider la section Neuchâtel-Jura du Groupement des jeunes dirigeants (GJD). Hava Hasanagic en tire une légitime fierté, celle d’une revanche sur undestin qui ne l’a pas toujours épargnée. Partie de rien, cette belle quadragénaire est l’exemple que ténacité et confiance finissent par payer. «Dans ma vie, j’ai toujours cru que j’allais réussir. Je n’ai jamais baissé les bras».
Hava a vécu une enfance harmonieuse en Bosnie, au sein d’une famille aimante avec cinq frères et soeurs. Jeune lycéenne au début des années 1990, elle rêvait de mode, se destinait à des études de médecine et était même inscrite à l’Université de Sarajevo. «Je n’ai jamais pu y aller», explique-t-elle, les yeux embués de devoir remuer un passé difficile.
Car la guerre a tout bousculé.Dès les premiers coups de canon, son père a cherché à mettre son petit monde à l’abri. Hava a atterri à Neuchâtel. Déchirement, choc culturel, perte de statut. «Tout à coup, je n’étais plus rien du tout». Hava a commencé à faire mille petits boulots: ménages, vente de poisson, restauration. Pas de quoi entrevoir l’avenir toutefois. «C’était très humiliant. Personne ne voulait m’engager, tant ma situation de réfugiée était instable».
C’est au culot qu’elle a décroché sa première vraie situation, alors qu’elle assurait des traductions pour une entreprise de nettoyage qui engageait de ses compatriotes. «Je décrochais des boulots pour les autres, mais rien pour moi. Le patron disait que je n’étais pas faite pour ce métier. Mais moi, je voulais travailler». Volontaire, la jeune femme s’est achetée une salopette, a rangé en chignon ses jolis cheveux de jais et s’est imposée un lundi matin à ce patron. «Je lui ai dit que je voulais faire un essai non payé d’une semaine pour lui montrer ce que je valais».
L’audace a réussi. Non seulement la jeune femme a été engagée, mais sa détermination lui a permis d’obtenir rapidement des responsabilités, jusqu’à devenir cheffe d’équipe. Au fil des ans et des opportunités, elle a intégré ensuite une grande entreprise de nettoyage, grimpé les échelons jusqu’à atteindre le poste de directrice de succursale, dépassé les obstacles ou les trahisons sans jamais perdre espoir. «Je voulais réussir. J’étais quelqu’un avant de venir ici. Je voulais être quelqu’un après aussi».
Entretemps, Hava s’est mariée, est devenu deux fois maman. Et vers 2005, elle a eu envie de changement. «Je voulais vivre comme une mère au foyer. Mais au bout de deux mois, c’était bon», rigole-t-elle. Alors avec son époux, avec qui elle travaillait déjà depuis plusieurs années, elle a fait le grand saut et racheté une petite entreprise de nettoyage. «On a eu beaucoup de chance de trouver quelqu’un qui nous a fait une confiance aveugle et nous vendant la société qu’il avait créée. Nous y avons mis toutes nos économies, avec l’aide de nos familles».
Depuis, la société ADOC Nettoyages a grandi. Hava Hasanagic dirige maintenant plusieurs dizaines de personnes, avec autant de fermeté que d’humanité. «Je sais d’où je viens et ce que j’ai fait pour y arriver. Si je peux soutenir quelqu’un, je le fais. Je n’oublie pas que moi aussi, on m’a aidée». Modèle d’intégration, elle a aujourd’hui atteint une certaine sérénité. Il émane d’elle un mélange de force et de douceur et sa vie, tant au plan personnel que professionnel, est dictée par un profond sens des valeurs. «Car si un arbre donne de beaux fruits, c’est parce que ses racines sont saines».
Active dans le milieu associatif, notamment au sein du Rotary club, Hava Hasanagic cherche dès qu’elle le peut à démontrer qu’on peut être femme et faire carrière, qu’on peut partir de rien et atteindre les plus brillants objectifs.
Il y a 20 ans, elle se voyait faire sa vie en Bosnie. Le destin en a décidé autrement. Elle avoue n’avoir aucun regret. «Au début où j’étais en Suisse, j’avais honte de dire que je travaillais dans le domaine du nettoyage. Aujourd’hui, j’en suis très fière!»
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