«Je raconte l’histoire d’une jeune fille. De ses trois ans jusqu’à ses trente ans. C’est basé sur ma vie personnelle, avec quelques parties fictives». Au coeur des décors fraîchement plantés, RachelMonnat de Boncourt confie la trame de «Rachel et ses amants», son tout premier spectacle. Un One Woman Show qu’elle a entièrement créé et autofinancé; pour lequel elle joue, chante et danse telle une artiste accomplie. Infirmière de profession, la jeune femme suspend aujourd’hui la blouse blanche à une patère de coulisses, afin de brûler les planches en rouge et noir. Les 27 et 28 janvier à 20 heures, elle présentera au Pantographe à Moutier, une comédie humoristique vitaminée, ruisselant de confessions intimistes, croustillantes, grivoises. Dans l’idée de se libérer, tout en partageant cet état d’esprit avec une assistance. «Avec ce spectacle, je parlerai plus franchement avec tout le monde; comme avec mes amis. Il n’y aura plus de limites».
Par le biais de ce premier show, Rachel Monnat compte donc s’affirmer pleinement face au public. Elle ose, s’impose, bouscule les tabous sans dérapage; sans jamais verser dans la trivialité. «Mon langage est spontané mais tout à fait correct. Il n’y a pas de vulgarité. C’est le langage que j’utilise avec mes amis. Je dis les choses clairement; j’appelle un chat un chat».
Autobiographiques ou non, les tranches de vies passent en revue les hommes qui ont marqué quelque trente ans de sa vie. Sans connotation forcément érotique, dans un esprit également amical ou fraternel. On devine tout d’abord le chef de famille, puis le premier flirt et divers types d’amoureux. «Les amants, dans le spectacle: ce sont tous les hommes. C’est à prendre dans le sens désuet d’Edith Piaf».
Les sketches alternent avec des parties de danse sensuelle à la pole (danse à la barre verticale) et des bribes de chansons françaises. Suivant le contexte de l’anecdote, on reconnaîtra l’inoubliable «Milord» d’Edith Piaf, ou l’entraînant «Y a d’la joie» de Charles Trenet. «J’ai simplement repris des refrains; juste pour illustrer».
Au fil de «Rachel et ses amants», la jeune femme fait ainsi montre de ses multiples facettes artistiques, qu’elle a développées depuis sa prime enfance.
Née à Porrentruy en 1979, la Jurassienne a grandi dans la cité bruntrutaine au sein d’une famille d’artistes. Son papa libraire joue de la flûte depuis des lustres, sa maman adore chanter, et Grégoire, son frère aîné, a percé en tant que guitariste dans le milieu du jazz.
De son côté, elle a pris ses premiers cours de flûte à bec à l’âge de 7 ans, puis s’est mise au chant et à la danse dès l’adolescence, parallèlement aux leçons de la section «artistique-musique» du lycée. Par la suite, tout en suivant l’Ecole d’infirmières à Delémont, elle n’a cessé de renforcer son potentiel artistique.
En 2002, en vue de varier les expériences professionnelles, Rachel quitte l’Ajoie pour exercer dans des institutions de Saignelégier, Fribourg puis Montreux. Une fois installée sur la Riviera lémanique, la soignante a voulu changer de cap au seuil de la trentaine. Lassée des homes et des hôpitaux, elle a eu envie d’exploiter ses facultés artistiques.
En 2009, remarquée pour sa chevelure en cascade et son charme naturel, elle cueille l’occasion de travailler en tant que modèle pour des écoles d’arts. Entraînée d’emblée par la mouvance culturelle locale, elle prend dès lors part au vidéo-clip «V» du rappeur vaudois Stress. Et alors qu’elle songe toujours plus à des projets personnels, elle rencontre le cinéaste Dominique Othenin- Girard. A son sujet, Rachel évoque carrément «la révélation». Le réalisateur décèle en effet en elle des aptitudes à l’écriture. «J’ai un peu commencé à écrire, mais je me suis découragée à un moment donné. Je ne savais plus si je devais me diriger vers la danse, le chant, la comédie ou l’écriture. C’est quand même quatre métiers différents... Il m’a alors suggéré de tout mettre ensemble, et de créer mon propre spectacle».
En septembre dernier, au bout d’un an de travail acharné, l’artiste poste un extrait de «Rachel et ses amants» sur le net, en vue de participer en Scène Off au Concours du Montreux Comedy Festival. Obtenant une seconde place via le vote public, elle passe en novembre devant un jury à Paris. «Je n’ai pas été retenue parce qu’ils cherchaient surtout des chauffeurs de salles, mais j’ai reçu, par contre, de très bons échos».
Or, s’il a plu aux pros du spectacle et à bon nombre d’amis de la jeune femme, «Rachel et ses amants» n’a pas réellement séduit certains de ses familiers. «Dans ma famille assez proche, entre autres; ça a été assez mal perçu. On m’a dit que j’avais des qualités de comédienne - chanteuse, mais qu’on attendait de moi que j’aborde d’autres sujets». Des remarques qui, pourtant, ont acéré son but de jouer franc-jeu sur scène. Au point de chasser le trac de l’imminente première? A observer le sourire malicieux de la protagoniste, on se dit que ce pourrait bien être le cas...
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