«Tout est parti d’une photo prise à la Galerie Paul Bovée qu’Adrien m’avait envoyée. On le voit tenant à bout de bras un de ces tableaux, le regardant avec attention, tandis qu’un petit enfant derrière lui a l’air d’être absent de la scène. L’ambiance si particulière de cet instant m’a fasciné». Adrien, c’est le père de Tristan Dubois, qu’il appelle toujours par son prénom lors de notre conversation, comme un hommage inconscient à son identité d’artiste, de guide culturel, une distance faite de respect et d’admiration, un salut d’artiste à artiste. Le reste, c’est entre eux pour toujours, intact et inaccessible, depuis que l’artiste peintre et graphiste delémontain a quitté les siens et ses potes un jour de février 2007.
Novembre 2011: Tristan est à Delémont pour présenter le court métrage qu’il a réalisé en hommage à Adrien Dubois, intitulé SAS, du nom de l’espace qui existe entre deux lieux, entre deux vies, entre deux histoires. «Lors de la soirée de projection, j’étais véritablement ému. Tous ces gens qui avaient connu mon père, et mes deux familles réunies, les Dubois et les Montavon, pour vivre ensemble cet instant. C’était évidemment la plus belle réception du film que j’ai vécue».
A l’heure où nous publions, Tristan est déjà reparti vers sa vie, à Montréal, là où il s’accomplit dans son métier de cinéaste, dans le pays qui l’a vu grandir. Tristan est né à Delémont en 1975, cadet de Blaise né deux ans plus tôt. «Nous habitions avec ma mère à Sceut, les aléas de la vie faisant que mes parents n’étaient plus ensemble peu après ma naissance. C’était pas facile, mais voilà...» Suite à des circonstances familiales, la maman des deux garçons saisit l’opportunité de partir s’établir au Québec, où une nouvelle vie les attend au sein de l’exploitation agricole acquise par le beaufrère. «Nous sommes donc partis en 1984, j’avais neuf ans et je trouvais ça chouette. Même si pour mon père cela signifiait que ses enfants déménageaient à 6000 km. Adrien a dû se faire à cette séparation...» Tristan apprivoise cette nouvelle vie, là-bas près du lac Saint-Jean, entouré des oncles, tantes, cousins et cousines. Et périodiquement les deux frères retrouvent Adrien dans le Jura pour quelques jours de vacances delémontaines. Au fil des années qui passent, Tristan sent, sait, qu’il a la fibre artistique paternelle, et que c’est vers la création qu’il va diriger sa vie. Il découvre aussi petit à petit l’oeuvre d’Adrien, comprend tout de cet artiste généreux et exigeant. Le fils et le père entament un dialogue créatif par delà les océans, Adrien donnant ses conseils sur les travaux cinématographiques de son rejeton. «Adrien s’intéressait beaucoup à ce que je faisais. Il y a 13 ans j’ai commencé à lui envoyer des trucs. Il m’encourageait et de fil en aiguille le scénario de ce qui allait devenir SAS s’est peaufiné. » Tristan enrichit ses connaissances en passant deux ans à l’«American Film Institute Conservatory» à Los Angeles et c’est à son retour en 2007 que sa productrice finalise le projet de SAS. Pour ce film, qui est non seulement un hommage au peintre Adrien Dubois mais aussi une réflexion sur l’art abstrait, le père de Tristan s’investit et se passionne: «Il devait partir en vacances à Nice et deux jours avant son départ, il m’a envoyé un mail pour me dire qu’il fallait qu’on parle au téléphone à son retour à propos de SAS. Il avait terminé vingt-et-un petits formats «noir de vigne», magnifiques et extraordinaires, créés exprès et comptait s’attaquer aux grands formats dès son retour. Il m’a dit avec enthousiasme: j’ai plein de tableaux à la cave et j’ai suffisamment de grands formats pour une rétrospective. »
Mais Tristan n’a jamais eu cette conversation avec son père: c’est dans la douceur méditéranéenne que l’artiste a tiré sa révérence, trahi par son coeur en sursis. «Bizarrement, deux jours avant de partir dans le sud de la France, il a rédigé son testament, très court. Il ne voulait aucune cérémonie religieuse mais désirait que ses amis se retrouvent pour faire la fête...»
«Juste après sa mort, sa compagne m’a donné sa veste en cuir. A l’intérieur d’une des poches, j’ai trouvé mon scénario. Adrien l’avait abondamment annoté, ajouté des remarques, des questions, des propositions. C’est ce que j’ai intégré dans la dernière version de mon film. En fait, je me dis que si Adrien n’était pas décédé, il n’y aurait pas eu ce film. Le lien affectif s’est transformé en lien artistique».
SAS a reçu un accueil fantastique à Delémont lors de sa présentation fin novembre. Ce film émouvant, à la réalisation vive et et précise, continue sa carrière à travers le monde, sélectionné et présenté dans divers festivals.Une visibilité qui devrait porter ses fruits et lancer Tristan Dubois sur les rails de ses prochains projets, soit deux longs métrages qui seront probablement produits en partie en Suisse. «J’ai déjà quatre longs métrages à mon actif pour la TV notamment, qui sont diffusés dans 85 pays. J’ai également réalisé des films commerciaux, mais là, je veux investir mon énergie dans quelque chose de plus personnel ».
En l’occurrence une réalisation à court terme, un thriller policier original dont l’action se situe en Suisse et au Québec et, à plus long terme, un autre film à gros budget adapté du romand de Jean-Jacques Pelletier L’homme trafiqué, qui se passe dans le monde fascinant du diamant. Des sujets d’une «épaisseur» humaine et sociologique qui correspond bien à ce que Tristan veut, dans la veine de SAS finalement: «J’ai envie de raconter une histoire, dire comment vivent les personnages, leur psychologie. Les films commerciaux sont une belle coquille, mais vide...»
Un drôle d’OVNI bourdonne au-dessus des promeneurs qui flânent aux Jeunes-Rives àNeuchâtel. On croirait l’engin sorti tout droit d’un film d’anticipation hollywoodien. Il est pourtant...
Lire la suite...«D’après certaines personnes, mes personnages auraient un peu des têtes de corbeau. Je n’avais pourtant jamais pensé à ça...» Suite au dernier vernissage au CCL (Centre de Culture et...
Lire la suite...Si cela fait trente-cinq ans que Jean-Claude Guerdat est à la tête du Bibliobus, rien ne trahit en lui un tel pensum. Enthousiaste comme au premier jour (pas de doute), attentif et réactif: à...
Lire la suite...«Quand on vit à l’étranger pendant très longtemps, on a particulièrement envie de revoir les gens des bancs d’école et les petites histoires de notre enfance. On y tient beaucoup plus....
Lire la suite...«Pendant toute l’année, on organise des soirées, des voyages, des fêtes pour les enfants et beaucoup d’autres choses». Président de l’Association portuguaise de Moutier et de la Vallée...
Lire la suite...On est toujours étonné de découvrir combien nos cités jurassiennes abritent de personnages intéressants, atypiques, originaux, talentueux, tout autant que modestes et discrets. Ça doit venir de...
Lire la suite...