Une maison familiale bien coquette, entourée d’un grand parc et la nature à perte de vue. Au coup de sonnette, pas d’aboiements, pas de grattements, rien qui pourrait faire penser que deux grands chiens (il y en avait même trois cet après-midi là!) cohabitent à cette adresse ajoulote.
Jeannette Hügli ouvre la porte grand sourire, tenant par son collier un magnifique Golden Retriever, qui voulait juste se montrer curieux. Tout comme moi d’ailleurs, qui ai soumise la maîtresse de maison à la «question », cette dernière se prêtant de bonne grâce à l’exercice, en commençant logiquement par le commencement... de sa vie.
Née à Vermes il y a 64 ans dans une famille d’agriculteurs, c’est en compagnie de son frère et de sa soeur que la petite Jeannette Buchwalder grandi sans encombre, jusqu’au jour où elle boucle sa valise et s’en va au pair en Suisse allemande, étape utile et très recommandée à l’époque. Rentrée au pays avec un atout linguistique dans sa besace, elle travaille à la cuisine «aux Rondez» comme on disait, et «fini dans l’horlogerie» selon ses termes. «C’était une époque bénie. On voulait du travail? On en avait le lendemain!».
Jeannette épouse ensuite Roland Hügli, agriculteur à Miécourt et met du coeur à l’ouvrage tout en donnant naissance à trois filles, Laurence, Martine et Christiane, toutes les trois aujourd’hui mamans.
La vie allait son bonhomme de chemin quand il y a quatorze ans, la ferme fut la proie d’un incendie qui réduit en cendres des années de travail et le toit familial qui avait abrité tant de moments heureux. «Heureusement , nous avions du bétail à l’engraissement qui a donc été sauvé. Mais après ça, on n’a pas voulu s’y remettre. On a construit notre maison actuelle sur un de nos vergers et je suis devenue concierge jusqu’à la retraite, un boulot que j’ai adoré!», raconte Jeannette d’un air ravi.
Dotée d’une bonne nature et d’un amour de la vie à toute épreuve, pas étonnant que Jeannette se soit découverte une affinité profonde avec la gent canine, en l’occurrence avec les Labrador. «J’élevais des chiens pour le plaisir, c’était un hobby, pas plus. J’avais une chienne magnifique qui s ’ a p p e l l a i t Starlight. Avec elle j’ai parcouru des centaines de kilomètres et j’ai vu bien du pays en participant à des concours où elle se plaçait régulièrement deuxième ou troisième. Sûr qu’on aurait pu faire mieux, mais je ne la poussais pas vraiment. Et lorsqu’elle est morte à 16 ans, ça a été vraiment dur. Comme une amie complice qui me quittait...»
Avec son autre chienne - aujourd’hui âgée de 12 ans - Jeannette participait à des cours le week-end puisque Jade est «spécialisée» dans la recherche de personnes. C’est lors de ces entraînements que Jeannette fit connaissance avec l’Association Le Copain, qui propose des chiens entraînés et formés dans le but de seconder et d’aider les personnes avec un handicap moteur. «J’ai connu Blanche Cerf de Bassecourt et voilà comment ça a commencé». Pour pouvoir donner un tel chien à une personne à mobilité réduite, Le Copain place des chiots âgés de deux mois dans des familles d’accueil qui, pendant 15 mois et bénévolement, vont s’occuper de lui, le socialiser et le préparer à assimiler la phase d’éducation. Au bout de ce laps de temps, les jeunes Labrador ou Golden retournent enValais où ils suivent alors une formation intensive au Centre suisse d’éducation de chiens d’assistance situé à Granges. Au bout de six mois d’entraînements spécifiques quotidiens, il est prêt à être remis à une personne bénéficiaire. A noter que 25% des chiens ne feront pas carrière dans l’assistance pour diverses raisons et que la famille d’accueil peut l’acquérir si elle le désire.
Donc Jeannette est séduite par ce concept et Inuit débarque en 2009 à Miécourt. «Quand il arrive, c’est un bébé! On le cajole, on s’en occupe. Puis on va à l’école des chiots à Delémont. On doit l’habituer aux bruits, jouer, lui apprendre en tout cinquante ordre précis qu’il doit comprendre. On lui enseigne aussi à se comporter dans un marché, dans un magasin etc... Tous les lundis on participe aussi aux cours Le Copain avec nos monitrices. Bref, on le prépare vraiment à son futur rôle au niveau comportemental et social». L’Association organise pour ses membres également différentes sorties et camps auxquels Jeannette se réjouit toujours énormément de participer: «l’ambiance est si sympa! Nous sommes actuellement trois familles dans le Jura et nous nous entendons tous à merveille. Être entrée dans cette association est pour moi quelque chose de merveilleux, car sans familles d’accueil, il n’y a pas de chiens!». Même si on a le coeur en miettes lorsque l’attachant pensionnaire s’en va... Après le départ d’Inuit en effet, Jeannette ne savait plus si elle voulait continuer. Et puis est arrivé Loury et la magie a à nouveau opéré! «Je préfère ne pas penser à juillet 2012, quand il faudra s’en séparer...Mais nous sommes soutenu en permanence par Le Copain. Et aussi par tous nos proches, car être famille d’accueil concerne chacun de ses membres. C’est important de le souligner non?»
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