«Je suis née à Mulhouse il y a une quarantaine d’années et j’ai été élevée par ma grand-mère. On peut dire que ma vie familiale était particulière puisque j’étais la fille unique de ma maman et on était dix du côté de mon père. On ne peut que devenir clown avec ce genre de situation!» Même si cela lui paraît aujourd’hui évident, Valérie Adatte ne pensait pas endosser un jour le costume chamaré du clown et son incontournable nez rouge.
Car depuis sa rencontre avec Serge il y a un peu moins de vingt ans, cette Ajoulote d’adoption coulait une vie de famille paisible à Cornol, entourée de son mari et de leurs trois fils, Guillaume, Jocelyn et Axel, jusqu’au jour où elle fit la rencontre de Florence Meyer. «C’est quelqu’un de riche et d’entier et elle est vite devenue une amie très proche. Quand son mari est mort accidentellement, elle souffrait de ne plus pouvoir rire. Elle a alors découvert le yoga du rire, une méthode créée par le docteur indien Madan Kataria, importée et développée en France notamment».
Florence suit alors ces cours particuliers et en ressent immédiatement les bienfaits sur sa santé autant physique que mentale. «Elle était sauvée! Et si enthousiaste qu’elle m’a embarquée dans l’aventure!» Loin en effet de se contenter d’avoir réappris à sourire à la vie et à rire, Florence s’initie à l’art clownesque à Genève. «Elle est vraiment douée et si sincère. Du coup, elle a décroché des prestations ici ou là. Elle se produisait en Suisse romande et en France et je l’accompagnais pour la filmer.Un jour je me suis pointée chez elle et elle m’a dit: «Tiens, voilà ton costume!» Valérie relève le défi, elle qui n’avait pas perdu une miette du «jeu» de son amie, lors de toutes ces soirées et ces après-midi à distiller le rire dans les hôpitaux, les homes, les festivals et autres fêtes privées. «La première fois que je suis partie avec elle pour une prestation, nous nous rendions à Marin près de Neuchâtel.Vêtues toutes les deux de notre costume de clown, nous prenons la route quand un pneu crève. Malgré nos signes désespérés aux voitures qui passaient, personne ne s’est arrêté! Les gens répondaient par de grands signes à nos gestes de détresse, en nous gratifiant de grands sourires!» Depuis ce jour-là, Valérie n’a plus cessé de faire équipe avec Florence, complices aujourd’hui sous le nom de la Compagnie Avrel. «Ça a été une révélation et je n’ai eu qu’une envie, continuer à fond. J’ai demandé à Flo de me former complètement et comme on était déjà très proche, ça a été un vrai bonheur ».
Faire rire les autres et aborder des thèmes de société pas toujours faciles n’est pourtant pas donné à tout le monde. «Il y a un effet miroir quand on parle de la différence sociale, des handicaps ou de tout autre sujet qui touche. Mais c’est tellement magnifique... Il faut d’ailleurs beaucoup sortir de choses sur soi. Il est nécessaire d’être en paix avec soi-même, avec sa propre vie avant de «s’immiscer» dans celle des autres. J’ai perdu 10 kg en devenant clown car j’ai appris aussi à me connaître et surtout à m’accepter telle que j’étais vraiment, telle que je n’avais jamais osé être. En habit de clown, il n’y a pas de barrière. On va vers les gens et on peut se permettre de dire des bêtises. Ils adorent ça!»
Valérie et Florence se produisent souvent pour des personnes handicapées, des moments de vrai bonheur et d’échanges intenses. «Les personnes handicapées aiment que l’on rie ensemble de leur handicap. Nous sommes toujours très touchées des relations nouées dans ce contexte si particulier. Dans notre «show», on utilise ce qui nous est donné. On marche beaucoup à l’instinct, même s’il y a une grosse préparation de base avant. On aime les gens! Même si on ne connaît pas la ou les personnes que l’on va rencontrer, on se réjouit à l’avance. On y va avec les tripes!» Depuis qu’elle accompagne Florence dans ses périgrinations, Valérie a vécu des moments inoubliables, tout autant auprès des malades, des handicapés, des enfants ou lors d’anniversaires. «Je me souviens avec bonheur de notre prestation lors des 70 ans d’une dame de la région. Elle a été surprise et particulièrement émue par notre approche, tout comme les personnes invitées. Un des moments les plus forts et intenses que nous ayons vécus.»
Outre sa vie de famille et celle de Zirgul (son nom de clown), Valérie fait aussi partie d’un groupe pour l’accompagnement des personnes en fin de vie, au sein de Caritas. «Le clown peut vraiment aider. Ce n’est que de la douceur qu’on partage... J’aimerais d’ailleurs rendre hommage à l’équipe de Porrentruy dont je fais partie. Une quinzaine de bénévoles qui font cadeau sans restriction de leur temps, de leur énergie et de leur écoute dans des accompagnements qui sont d’ailleurs de plus en plus de longue durée.» Mais il ne faut pas croire qu’un clown n’est jamais triste: «quand je me dis que la vie est noire, que j’en ai marre, qu’il y a tant d’injustice, alors je sors mon nez rouge de mon sac à main et tout va mieux!»
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