Savez-vous ce qu’est un cairn ? Il n’est ni sensationnel ni controversé ni « people ». Il ne figurera pas dans les titres du téléjournal que lit le mielleux présentateur bon chic, bon genre. Cela le rend d’autant plus important.
Un cairn est un amas de pierres. On le trouve surtout en montagne, sur les sommets ou comme un point de repère sur un chemin, une marque à un endroit connu ou en un lieu-dit. Au fil des passages, les marcheurs ajoutent un caillou et constituent un tas, une pyramide ou une tour branlante, jusqu’à ce que la nature détruise l’édifice et que les suivants le reconstruisent. La coutume vient du fond des âges.
Il est difficile d’expliquer à qui ne l’a pas vécu ce que le marcheur ressent en rencontrant un cairn. L’un peut passer à côté sans se soucier d’un banal tas de pierres ; l’autre être touché par ce signe de ralliement, ce geste d’humanité, que des inconnus lui lancent.
A la recherche d’un lieu-dit, le marcheur le trouve grâce à cette marque laissée par celles et ceux qui y étaient avant lui. S’il est exténué, il se réjouit d’un cairn qui le réconforte (il ne s’est pas perdu) mais il pousse également un soupir en dénombrant les pierres laissées par les personnes qui l’ont précédé et qui relativisent son exploit.
Dans l’immensité de la nature, souvent violente, nous empilons quelques cailloux, une marque qui, pour une fois, est écologiquement responsable, comme un discret « nous sommes là ».
Dans son livre consacré au val d’Anniviers1, la photographe Monique Jacot le dit magnifiquement : « Le cairn est rassurant. Il rapproche de l’autre, suggère le repos, invite à l’ajout de pierres. L’équilibre est assuré. C’est plus qu’une borne, c’est une participation à la vie. »
MERCUTIO