Elle est une catholique pratiquante. Catéchiste, assidûment à la messe, elle a élevé ses enfants dans le respect des valeurs de son église. Comme bien d’autres catholiques sans doute, elle essuie des critiques liées à des prises de position controversées du Vatican et de Benoît XVI, par exemple quant au préservatif.
Enragé à ce sujet, je lui adresse une attaque cinglante. Elle me répond tout de go : « Ce pape, je ne l’aime pas. Depuis le début. » Et de m’expliquer qu’elle vit sa foi, certes avec ce vecteur qu’est l’église, mais dans sa communauté, dans son village, avec son prêtre. J'essaie à nouveau de la piquer : « Et la hiérarchie vaticane, le dogme de l’infaillibilité pontificale, tu en fais quoi ? » « Je fais sans » me répond-elle, placide.
Je suis admiratif. Personnellement, je ne pourrais pas vivre une religion (qui relie, diront les latinistes) en la scindant, en faisant cette coupure opportune entre la tête d’une communauté et son corps. Même des prêtres de nos contrées savent habilement se distancier de leur hiérarchie, parfois, il faut bien le constater, en faisant du funambulisme.
Evidemment elle fait en partie erreur lorsqu’elle entend ne pas cautionner certaines positions morales rétrogrades et effarantes du Vatican, alors qu'elle est catholique, vit publiquement cette foi dans l’église et accomplit par derrière une pirouette schizophrène pour rejeter celles-ci.
Toutefois mon énervement contraste tellement avec son calme que je me demande tout à coup si elle n’est pas en réalité parfaitement cohérente. Peut-être applique-t-elle simplement à son pape cette valeur si fondamentale et si belle de la chrétienté, le pardon ?
MERCUTIO