Que de relents moyenâgeux dans les bourgeoisies... Vous savez, il s’agit de ces collectivités publiques qui détiennent des biens, surtout immobiliers, les gèrent et en répartissent les revenus entre les bourgeois.
Les membres d’une bourgeoisie désignent les nouveaux bourgeois. Le nom ou les liens de sang aident : le site Internet d’une bourgeoisie signale ainsi que l’on en devient membre « par hérédité ou par admission »1. La bourgeoisie dispose de biens publics mais les autres citoyens de la commune (des « moins bien nés » ?) n’en font pas partie. Ces antiquailles s’asseyent sur l’égalité entre citoyens.
Les bourgeoisies sont archaïques mais elles conservent de l'importance en raison de la fortune immobilière qu’elles gèrent dans presque tout le pays. Elles survivent dans notre Suisse moderne peut-être uniquement grâce à cette force financière qui fait craindre de les remettre en cause, même de les critiquer dans un petit billet.
Avec de prudents guillemets, les spécialistes nous apprennent que la Constitution fédérale permet aux cantons de maintenir les « privilèges » des « ressortissants » des bourgeoisies dans la gestion et la jouissance des biens bourgeois. Donc, si on enlève les fioritures, notre canton est libre de maintenir les privilèges des bourgeois par rapport aux autres citoyens ; mais il est tout aussi libre de se passer des bourgeoisies. Au fait, les cantons de Vaud, Neuchâtel et Genève n'en ont pas et ne se portent pas moins bien.
Les bourgeoisies ont d’anciennes racines. En 2012, c’est tout de même une maigre raison de privilégier une catégorie de citoyens. Constatons-le sereinement, sans s’abasourdir des refrains de l’Internationale ou de Jacques Brel.
MERCUTIO