Semaine du 10 mai 2012  -  N° 19

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Rubriques - Le billet - Frissons

Frissons

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Fins prêts pour Noël ? Avez-vous trouvé tous vos cadeaux ? Une petite suggestion : il y a quelques années, j’avais offert à mon père un baptême de saut en parachute. J’avais touché juste : l’envie avait triomphé de la crainte et il avait apprécié son saut. S’ils lisent ce billet avant d’avoir reçu leur cadeau (peut-être une banale bouteille), j’imagine, chers lecteurs, que nos pères s’inquiéteront de l’idée saugrenue que leurs enfants auront à nouveau dénichée. Allez, un peu de cruauté en ces jours où des angelots dorés jouent de la harpe…

En somme, qu’est-ce qui plaît dans le saut en parachute, le funambulisme, le « base jump », le parapente, le saut à l’élastique, dans toutes ces activités prétendument sportives qui confrontent au vide ?

Ce n'est pas que le désir de vaincre la peur. Il y a une autre quête : le tout pour le tout ; « ça passe ou ça casse ». Le fait que l’attache cède, est trop longue, mal mise, ou je ne sais quel autre grain de sable dans les rouages, est une composante subjectivement nécessaire, un non-dit incontournable. Si on avait la certitude complète que rien, absolument jamais, ne peut arriver, l'absence de risque ferait perdre la saveur et l’attrait du vide. Grâce au doute, même infime, on se sent sur le fil du rasoir, et on le recherche. Au tréfonds de son être, le courageux ne se prête-t-il pas à penser, avec délectation et frisson, à une défaillance ?

Dans son « Traité du funambulisme », Philippe Petit, le funambule français, a écrit ces mots à la fois criants de vérité et terribles : « lorsqu’on m’apprend qu’un funambule s’est écrasé au sol, je réponds : ‘Il a ce qu’il mérite.’ »

MERCUTIO

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