Semaine du 10 mai 2012  -  N° 19

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Le confort

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Un jour ensoleillé de novembre dans l'Oberland bernois. En fin d'après-midi, nous délaçons nos chaussures de marche, en nous installant pour prendre un thé et une part de gâteau au bar d'un hôtel.

Sur un meuble traîne un épais livre d'hôtes, jauni et un peu sale, où les clients ont laissé des messages, la plupart des remerciements, un ou deux reproches, des dessins d'enfants, des « So lovely ! ».

Je tourne les pages et tombe sur un message de début janvier 2000 portant sur quelques jours passés dans cet hôtel lors de la tempête Lothar. Celle-ci avait connu son apogée le 26 décembre 1999.

Ces lignes sont tracées de l'écriture douce d'une anglaise que j'imagine ridée, élégante et stoïque. Ses mots réalistes, presque crus, détonent. A la lire, l'hôtel avait été durement touché : pas d'électricité durant plusieurs jours, l'ensemble des clients et du personnel emmitouflés à la lumière des bougies. Elle cite l'hygiène minimale à l'eau froide, la barbe naissante des hommes adeptes du rasoir électrique, les sèche-cheveux en panne qui donnent un style champêtre aux dames, etc. Elle dit la convivialité qui naît dans ces moments. Mais surtout elle exprime, de manière bouleversante, à quel point cette expérience l'a enrichie : elle s’est rendue compte que les conforts de la vie quotidienne que l’on croit petits sont immenses ; qu’ils paraissent aller de soi, alors qu'ils ne sont acquis qu'à des nantis. Une tempête au nom allemand lui a tout bonnement remis les pieds sur terre.

La lucidité de cette femme me poursuit alors qu’arrivent les cadeaux, les gueuletons, l'alcool et les flonflons des fêtes de fin d'année, ce superflu dont on se demande à peine s'il nous rend heureux.

MERCUTIO

Et encore...