« C’eeesssttt laaa petite Gilberte, Gilberte de Courgenay... » Vous avez vu le film ? Vous connaissez la chanson ? Et le restaurant ? Il se trouve en face de la gare de Courgenay. Nos amis suisses alémaniques semblent le connaître mieux que nous romands. L’endroit est plutôt sympa. Faites-y une halte.
La façade du bâtiment est grise, « blanc usé ». Une charmante histoire entoure cette couleur étrange.
Lors d’une rénovation, les architectes, sérieux et venus de loin, ont recherché dans les couches de peinture afin de trouver la couleur première. Ils voulaient faire historique, original et traditionnel, remonter au temps de la petite Gilberte. Ils sont tombés sur ce gris.
Le peintre chargé des travaux leur a fait remarquer que le bâtiment avait toujours été vert, que les anciens du village le savaient bien et que cette première couche de gris avait une tout autre cause.
Il me regarde en secouant la tête : « Ces architectes m’ont pris de haut. Ils m’ont dit que, moi, pauv’ petit peintre, je n’y comprenais rien et que je n’avais rien à dire. Eh ben, comme ils l’ont voulu, j’ai mis ce gris, tant pis pour eux. »
Le grand-père du peintre, qui possédait déjà l’entreprise familiale, avait pour habitude de mettre une sous-couche composée de ses restes de peinture qu’il mélangeait et faisait cuire. Il obtenait un tel gris, plus ou moins clair.
« Sur cette couche de fond grise, mon grand-père avait mis du vert. Je leur ai bien dit que ce restaurant avait toujours été vert. »
Voilà comment, sous couvert de recherches historiques et architecturales, le restaurant de la petite Gilberte a pris la couleur de restes de peinture vieillis. Ou comment la prétention fait trébucher la science.
MERCUTIO