Semaine du 10 mai 2012  -  N° 19

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Rubriques - Le billet - Jamón

Jamón

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Au supermarché, j'achète un paquet de jambon « serrano ». Je n'en ai pas spécialement envie mais il conviendra pour l’apéro et, surtout, il est en solde.

Dans la cuisine, je me demande pourquoi l’emballage est en plastique dur. Il cède au couteau. Il contient une douzaine de tranches très, très fines. Le service à la clientèle du supermarché expliquerait qu'elles sont minces pour le bon goût du jambon, mais c’est le mauvais goût de l’arnaque que je perçois là.

Entre le jambon se trouvent des feuilles en plastique qu’on ne voit pas avant d’ouvrir le paquet. Même à l'aide d'un couteau, séparer les tranches est un art ou un sport, ou les deux. Elles collent, s’étirent, se défont. Après plusieurs minutes, j'obtiens quelques malheureuses tranches de jambon émiettées sur une assiette et, à côté, un tas de plastique plus grand qu'elles.

Je jette le plastique à la poubelle, ainsi coupable, avec le supermarché, d'un lamentable gaspillage.

Je reviens au jambon. C'est dingue comme tout est fait pour que les consommateurs oublient l’animal, le sang, la chair, les viscères. On nous cache l'élevage en batterie, l’engraissage intensif et l’abattoir avec le tranchage sophistiqué au millimètre, l'uniformité industrielle et lisse et le plastique. Dans sa violence, saigner au grand jour le cochon qui hurle devant la ferme pour la Saint-Martin a la grandeur de l’honnêteté.

Enfin, j’imagine un paysan de 1911 qui, bouche bée, regarderait le consommateur de 2011 s’affairer avec ses couches de plastique pour en extraire quelques grammes de viande aseptisée qui ont parcouru plus de mille kilomètres. Je me sens... Comment dire... ? Bête !

MERCUTIO

Et encore...