Un vieux livre traîne dans le fouillis d'une étagère. Je le prends sans raison. Au milieu, comme marque-page, se trouve une petite enveloppe sur laquelle est écrit "Toutes mes félicitations" suivi de mon prénom. Elle devait contenir de l'argent pour me récompenser. Je ne me rappelle plus. Toutefois je reconnais l’écriture de mon grand-père dans ces quatre mots. Ces quelques lettres sont tracées avec le style classique de nos aïeux, appris au début du 20ème siècle sous le regard alors exigeant des enseignants. L’écriture est assurée mais tremble un peu, le noir du stylo produisant de légères vaguelettes.
Quoi qu'on en pense, les courriers électroniques (les « maaaïls », comme on dit avec l'accent jurassien), les SMS, les murs sur Facebook, les « tweets » et autres nouveautés technologiques, ne valent guère plus que des signaux de fumée par rapport à l’écriture de la main. Celle-ci transmet une émotion que la dactylographie ne peut pas atteindre. Il est bien sûr inutile de chercher de l’émotion dans l’ordonnance illisible d’un médecin ou les chiffres gribouillés par le postier. Mais lorsqu’on envoie un signe d’affection, dans des vœux, une carte postale, un faire-part joyeux ou triste, un courrier dactylographié sur lequel on ajoute de sa main « avec toutes mes amitiés », l’écriture compte. On y livre aussi un peu de soi-même.
Mon grand-père est mort il y a plusieurs années. Que seraient ces quatre mots retrouvés aujourd’hui par hasard s’il les avait écrits avec un traitement de texte ? Tracés de sa main, ils me rapprochent de lui, me permettent de le revoir, ses lourds doigts de travailleur manuel tenant l’enveloppe et le stylo, alors qu’il pensait à moi. Ces lignes malheureusement dactylographiées sont pour lui.
Mercutio