Sensation à la fois bassement matérialiste et agréable que d'être assis au volant de sa nouvelle voiture. Le garagiste explique je ne sais trop quoi sur les vitesses de l’essuie-glace arrière, un de ces gadgets qui ne servent à rien, si ce n'est à augmenter des prix démesurés.
A cet instant, il retentit : le bip-bip, celui qui signale que l’on n’a pas mis sa ceinture de sécurité. Le garagiste s’empresse de relativiser : « Il ne sonne que soixante fois et le volume est minimum ». « Tu te fiches de nous ? », j’ai envie de répliquer. Le son est extraordinairement agaçant. Il racle les tympans et les nerfs. Et, croyez-moi chères lectrices et chers lecteurs, soixante fois, c’est long. Irrité je dis au garagiste : « Il vous faut enlever ça tout de suite ». Savez-vous ce qu’il répond ? « C’est impossible. » On repart donc avec la voiture... et le bip-bip.
Cela fait des semaines qu'il m'énerve. Je sais : je l’entends parce que, à tort, je ne mets pas toujours immédiatement ma ceinture ou que je l’enlève parfois un peu trop tôt. Je suis voué aux gémonies. Qui jette la première pierre ?
Prenons un peu de recul. De quel droit impose-t-on un bip-bip dont on n'informe pas le conducteur avant l'achat, qu’il n’a aucune obligation légale d’entendre, qu’il ne peut pas enlever et qui a pour seul but de le forcer par l’énervement à adopter un certain comportement ? Avec le bip-bip, la prévention routière franchit le pas de la contrainte psychologique. On parie que bientôt chaque voiture ne pourra démarrer que ceinture mise, alcootest réussi et identité contrôlée, tout cela « pour notre sécurité » ? Encore mieux, il y aurait tellement moins de victimes sur les autoroutes si toutes les voitures étaient bridées à 10 km/h.
L’enfer est pavé de bonnes intentions. Bip-bip.
Mercutio