« Pourquoi je te rends heureux ? » m’a demandé ma moitié avec tendresse. Dans l’immédiat, j’ai répondu par un sourire amoureux. Réflexion faite, je ne trouve pas de mots justes, donc de meilleure réponse.
Les poètes évitent rarement les tournures ampoulées lorsqu’ils nous parlent d’un amour idyllique mais à des années-lumière du quotidien, et franchement un peu chiant. « Mignonne, allons voir si la rose, qui, ce matin, avait déclose. » Des mots, des pages, des rayonnages de bibliothèques pour tenter de décrire le sentiment amoureux et, au bout du compte, ne jamais le cerner.
A l’opposé, ils sont pathétiques, ces couples silencieux au restaurant. Ils peuvent être vieux ou jeunes et ne se disent qu’une douzaine de phrases usées durant tout le repas. « Fait chaud, hein dis ? », « faut pas rentrer trop tard pour qu’on puisse donner ses croquettes à Caramelita ». Avec leurs regards dans le vague qui se croisent à peine, certains semblent plus posés côte à côte que vivre ensemble. Ils sont passés de l’amour à l’habitude.
L’harmonie du couple ne se trouve ni dans ce silence inconfortable ni dans le verbiage des poètes. Elle se situe entre les deux. Elle s’exprime par quelques mots simples (« tu es belle ») qui ne paraissent pas toujours liés à l’amour mais qui le disent tout de même (« on a passé de super vacances ! »). Ou nous la sentons dans un geste complice, un baiser sur un quai de gare, une caresse, des rires lors d’un anniversaire de mariage. Des petites choses mais grandes comme l’amour.
On ne peut pas dire mieux qu’Albert Cohen : « En somme, qu’est-ce que la vérité ? ... C’est ce qui est entre les mots ... et qu’on éprouve dans la joie. »
Mercutio