Semaine du 10 mai 2012  -  N° 19

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Procréation

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« Je n'en ai pas voulu. Tout simplement. Ce n’était pas la question que je ne pouvais pas en avoir. Je ne regrette pas. C’était mon choix. »

Cette amie a un vilain rhume mais dit ces mots dans le même souffle. Elle parle d’enfants, bien sûr. Elle est mariée mais n'a, selon toute vraisemblance, plus l'âge d'en avoir. Je ne lui ai pas posé de question : elle explique spontanément pourquoi elle n’est pas mère. Elle a dû le dire des centaines de fois, comme une rengaine. Si elle s'explique tant, n’est-ce pas inconsciemment son regret qui transparaît ?

Je réagis : « Ne te justifie pas. Tu vis ta vie. »

Elle parle alors de la pression sociale, surtout celle des femmes : les copines au hochement de tête qui dit « quel dommage ! » ; la gêne face à celle qui vit la douleur de ne pas pouvoir en avoir ; la belle-mère qui l'a poussée vigoureusement pour avoir des petits-enfants ; ces mères qui trouvent incompréhensible de renoncer à un tel bonheur et qui listent sans fin les merveilles de la maternité. Dans ces moments, elles oublient qu’elles se lèvent à cinq heures le dimanche matin pour amener fiston aux seizièmes de finale de la ligue junior-mini de hockey sur gazon à la salle polyvalente d'Emmenbrücke…

Mais il y a plus délicat : certaines mères n’ont pas trouvé dans leurs enfants toutes les joies espérées ou jalousent une autre vie à laquelle elles ont renoncé et qu’elles entraperçoivent. Elles n’osent pas l’avouer ou, pire, se l’avouer. Elles sont les plus virulentes pour condamner cette autre vie.

Mes chromosomes XY sont largués et ne savent pas trop ce qu’il faut penser. Ils déduisent quand même une chose de tout cela : on serait naïf de croire que, dans la vie d’une femme, ce choix suit toujours le chemin de la facilité.

Mercutio

Et encore...