Semaine du 10 mai 2012  -  N° 19

Ici vous trouvez
Rubriques - Le billet - «Googlisés»

«Googlisés»

FacebookTwitter

Il était une fois une collègue de travail qui s’était mise à l’informatique bon gré mal gré. Par prudence ou plutôt par crainte, elle avait conservé une machine à écrire dans un coin de son bureau («on ne sait jamais!»). En face d’elle, ce rectangle lumineux lui avait constamment inspiré de la suspicion. Elle n’avait voulu (et pu) mettre aucune information la concernant sur Internet. Inutile de lui proposer Twitter ou un compte Facebook («fesse quoi?»).
Un jour, en espérant lui faire mieux connaître son ordinateur, j’avais tapé le prénom et le nom de ma collègue sur Google. Nous avions parcouru les résultats et retrouvé son adresse, son affiliation politique, son activité professionnelle, sa photo, son sport fétiche (mauvaise performance en 2007), et j’en passe. Elle avait manifesté de la gêne, de la préoccupation, à la lecture de ces informations accessibles à tous. Pour le dire avec la froideur des juristes, elle était atteinte dans sa vie privée. Cela m’avait marqué. Bien sûr ces informations sont «publiques» ; on ne découvre pas des préférences sexuelles. Mais cette immédiateté d’Internet est-elle toujours préférable aux pages poussiéreuses d’un annuaire, d’un almanach ou des archives? Quel intérêt y a-t-il à ces informations, pour nous, pour elle et pour un dentiste péruvien ? Va-t-il tellement de soi qu’une personne qui se fiche d’Internet puisse être mondialement observée? Cette collègue profite dorénavant de sa retraite. En pensant ce soir à elle, je fais par jeu la même recherche: je tape son prénom et son nom sur Google. J’en apprends autant qu’autrefois. Elle vit sa retraite paisiblement mais, Internet oblige, pas dans l’anonymat.

Mercutio

Et encore...