Semaine du 10 mai 2012  -  N° 19

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Rubriques - Le billet - Aux urnes

Aux urnes

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Dans le train arrêté en gare, un couple de sexagénaires a commencé à faire quelques commentaires à voix basse, tendancieux ou désobligeants, au sujet d’un homme à la peau basanée debout sur le quai. Peut-être était-il autant suisse qu’eux... Ils faisaient du délit de faciès.
A mon tour (parce qu’ils le valaient bien), j’ai essayé de voir sur eux le type même du xénophobe rustique, primaire, emmitouflé dans son drapeau suisse. J’ai échoué. Ce couple n’avait rien de particulier. Il manifestait ce racisme ordinaire, banal et, de ce fait, terrible.
Soyons réalistes. Dans nos contrées, la majorité des votants s’exprime en défaveur des étrangers. Ne cherchons pas au loin celui qui réélira cet automne certains politiques dont les idées frustes ou agressives concernant les étrangers font frémir. Ce votant est là, tout près, pas dans le tréfonds de la Suisse centrale: un couple dans le train, notre voisine, notre collègue de travail, notre frère. Il accepte des initiatives populaires immodérées qui s’assoient sur notre démocratie: du renvoi des étrangers dits criminels à l’interdiction des minarets. Il soutiendra une nouvelle initiative contre l’immigration de masse. Concrètement, objectivement, c’est quoi l’immigration «de masse» dans notre région? Ce couple votera afin d’exprimer son appréhension face à cet homme sur le quai de gare, qu’il ne connaît pas. Il le verra comme le coupable idéal de ses problèmes, réels ou imaginaires, aussi longtemps qu’un message d’autorité ou de tolérance ne les résoudra pas.
Il votera encore et encore. Maalouf, l’écrivain francolibanais qui vient d’être élu à l’Académie française, note: «Ce qui est sacré, dans la démocratie, ce sont les valeurs, pas les mécanismes».

Mercutio

Et encore...