Semaine du 10 mai 2012  -  N° 19

Ici vous trouvez
Rubriques - Le billet - L'essentiel

L'essentiel

FacebookTwitter

Finies les vacances! Un réveil difficile, puis une journée de travail harassante. Je me suis énervé, alternativement à raison et à tort, et montré désagréable. Des broutilles ont paru des montagnes. Des soupirs ont suivi un téléphone cassant. Invité à un anniversaire, j’ai oublié d’acheter le cadeau et couru pour en trouver un. Sacrebleu, pourquoi la personne devant nous à la caisse après six heures du soir a obligatoirement une douzaine de poches où chercher sa «carte cumulus»? Transpirant et tendu, je suis arrivé en retard à la fête. J’ai salué assez négligemment, sans trop présenter d’excuses. Un gros con, quoi…
Et, ensuite, mon neveu m’a souri. Il est né en décembre dernier. Au fil des mois, deux grands yeux un peu perdus sont devenus un regard plein de candeur intriguée. Les traits du visage, moins potelé, se sont définis. Le port de tête s’est assuré, même s’il connaît encore quelques maladresses touchantes. Ses pieds gigotaient en tous sens. Je ne peux pas décrire clairement l’effet de son sourire en ce début de soirée. Simplement, par rapport à la vacuité de ma journée, ce sourire m’est apparu essentiel, primordial, comme s’il disait:«Qu’est-ce qui compte vraiment pour toi?». Je le vois encore. Je pense à ces lignes de Yourcenar qui observe les premières semaines de sa propre vie: «Mais il est trop tôt pour parler d’elle, à supposer qu’on puisse parler sans complaisance et sans erreur de quelqu’un qui nous touche inexplicablement de si près. Laissons-la dormir sur les genoux de Mme Azélie, sur la terrasse qu’ombragent les tilleuls ; laissons ses yeux neufs suivre le vol d’un oiseau ou le rayon de soleil qui bouge entre deux feuilles. Le reste est peut-être moins important qu’on ne croit.»

Mercutio

Et encore...