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Voir Bruges
et mourir...
Un assassin, même
professionnel, ça
peut se montrer
parfois maladroit.
Parce qu’ils ont
merdé leur dernière mission,
Ray et Ken s’embarquent pour
une villégiature non désirée,
afin de se faire oublier quelque
temps. Qu’ont-ils bien pu
commettre d’irréparable pour
se voir cantonner à Bruges,
charmante cité de la riante
Belgique certes, quoique flamande...,
mais surtout très
éloignée des tumultes et de
l’agitation londonienne si rassurants?
Bah! semble soupirer Ken,
donnons pour une fois dans la
dentelle, l’endroit ne s’y prête
pas mal. Contre mauvaise fortune
montrons-nous fair, mettons
ces quelques instants de
répit à profit pour nous imprégner
d’une culture continentale
si délicieusement surannée
et attendons patiemment
les instructions de notre cher
chef. Dans un boulot astreignant
comme le nôtre, on ne
refuse pas quinze jours de vacances,
fussent-ils prévus dans
une région a priori hostile.
Un détachement et une curiosité
intellectuelle à des années-
lumière de toucher de
leur grâce son jeune acolyte
Ray, un rien plus basique. Plus
anglo-saxon, quoi. Et surtout
particulièrement désappointé
qu’on ait pu imaginer le mettre
en quarantaine à mille milles
de toute terre habitée.
Habitée? Mais Bruges l’est, évidemment,
et parfois d’une population
aussi interlope et originale
que celle qui hante les
bords de la Tamise. Finalement
les deux trouveront quelque raison
de ne pas regretter leur déplacement.
Ken s’enthousiasme
pour les richesses architecturales
de la cité. Dans une science
similaire, néanmoins plus vivante,
Ray repère tantôt un
beau brin de fille dont les appas
ne le laissent pas indifférent.On
lie connaissance autour d’une
bonne bière (enfin un point
commun, par Saint Patrick!), on
sympathise avec un nain acteur,
aussi, et on s’aperçoit que ceuxlà
cachent peut-être également
quelques secrets aussi sombres
que ceux de nos tueurs à gages.
Mais bientôt le big boss sonnera
la fin de la récréation, ordonnant
à l’un de ses sbires d’occire
l’autre, histoire de pimenter un
peu le séjour.
Le circuit touristique, le choc
des cultures cèdent alors le pas
à l’introspection personnelle
des protagonistes. De nouvelles
découvertes, donc, subtilement
suggérées par Martin
McDonagh, un réalisateur
dont on reparlera assurément.
Avec humour, sans se laisser
jamais gagner par un pathos
trop souvent pesant, il brosse
le portrait d’une ville et d’une
galerie de personnages bigarrés
avec la légèreté de ton et le
recul caractéristiques des cinéastes
britanniques, si l’on
ose dire sachant ses origines
irlandaises... Avec trois fois
rien, il réussit magistralement
à capter l’attention de son auditoire,
merveilleusement soutenu
dans son ouvrage par
deux interprètes parfaitement
à l’aise dans leur rôle de
meurtriers au petit pied. Un bijou
que ce film. Bondissez: y’a
enfin quelque chose à voir...DANIEL HANSER
de Martin McDonagh, avec
Colin Farrell, Brendan Gleeson
Notre avis: ***NOTRE AVIS: •à éviter – •• à vos risques et périls – * pas si mal – ** intéressant – *** excellent – **** à voir absolument
Potins de tournage
Monstres humains
Colin Farrell (Ray) revient sur la personnalité des deux
tueurs: «ces deux hommes ont une certaine pureté en eux,
dans leur humour et leur façon de voir le monde. Bien sûr,
ce sont des tueurs, mais ce ne sont pas des monstres pour
autant.» Et Brendan Gleeson (Ken) d’ajouter: «un réalisateur
un peu cynique aurait facilement pu en faire des monstres.
C’est là que le travail de Martin prend toute sa valeur:
aussi inhumains puissent-ils paraître, ce qu’ils font s’inspire
directement de ce qui se passe dans le monde tous les jours
depuis les prémices de l’humanité. Voir une des oeuvres de
Martin, c’est se rendre compte qu’on est incapable de se
détacher des personnages et de les regarder à distance, ou
de les mépriser. On est forcé de s’engager à leurs côtés, de
se sentir concerné par ce qui leur arrive. C’est extrêmement
difficile à faire passer en tant que comédien.»
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