BULLES EN FOLIE
• Où l’on apprend comment un simple
petit billet bleu permet de s’interroger sur les fondements de nos sociétés actuelles...

Ouf! Depuis l’introduction de
l’Euro, on ne se perd plus
trop dans le dédale des
monnaies. Mais l’argent, le
fric, le flouze, le blé, le pognon
- et j’oublie sûrement quelques synonymes
plus «in»... - nerf de la guerre
depuis des temps immémoriaux (même
s’il alimente aujourd’hui, certes, plus parcimonieusement
les cabinets ministériaux
de la défense...) n’en demeure pas moins
un reflet puissant de notre société. Que
vous soyez puissant ou misérable... on
peut espérer que vous trouverez toujours
20 euros à vous mettre en poche!
AnaMirallès et Emilio Ruiz dissèquent les
pérégrinations d’un petit billet bleu,
d’abord frais émoulu des planches de la
Banque centrale, pour finir froissé, taché,
griffoné, et finalement récupéré par une
sorte de baba cool aux longs crins, tout prêt
à digresser pendant des heures devant la
symbolique de cette coupure encadrée.
Comment a-t-elle échoué dans un bar,
accrochée au mur en guise de souvenir
d’un premier gain et garante des illusions
de la patronne? Eh bien... les auteurs vont
nous le dire, prenant prétexte d’un voyage
qui tient de l’odyssée pour «sociologiser»
un brin.
Première remarque, que vous vous serez
sans doute faite également: le pèze ne
s’éternise pas longtemps dans le portemonnaie...
L’assignat moderne circule quasiment
à la vitesse de la lumière, d’un
gousset à une bourse, d’une escarcelle à un
tiroir-caisse... Pour finir, généralement, par
nourrir la cagnotte fiscale. Un destin à peu
près aussi inéluctable que la mort... (si la
rédaction peut se permettre cette petite
note personnelle...)
Auparavant toutefois, le billet voyageur
aura permis à Ana Mirallès de dresser le
portrait de toute une galerie de personnages,
à Emilio Ruiz de s’arrêter un instant
sur leurs différentes conditions, d’analyser
les destins qui se croisent à la faveur de ces
incessants échanges pécuniaires, puis d’en
tirer certaines conclusions à travers le
constat amer dressé par un soixante-huitard
désabusé. Heureusement tempéré par
le réalisme, peut-être un peu passif cependant,
de sa jeune compagne... De deux
maux, à vous de choisir le moindre...
La bande dessinée gagne ici certains galons.
Elle ne s’évertue plus seulement à
divertir, mais stimule aussi la réflexion.
Entre les tourments philosophiques genre
«à quoi ça sert tout ça?» et la simple réponse
de la fatalité à toute chose, les auteurs
invitent le lecteur à s’interroger sur
le sens profond de l’existence et, en filigrane
évidemment, sur les politiques économiques
des entreprises et des Etats.
Tout cela pourrait bien sûr paraître un peu
barbant, hormis le talent du scénariste,
qui décrit les situations sans en grossir le
trait à l’excès.Avec un petit conseil, maintes
fois prodigué c’est vrai, mais toujours
aussi pertinent: Carpe diem! Il sera assez
tôt, demain, pour se faire du souci...
DANIEL HANSERMano en mano
Tome zéro, d’Emilio Ruiz et Ana Mirallès,
aux éditions Dargaud

Dessine-moi le bonheur
One shot de Christin, Lepage, Rodolphe,
Juillard, Cabanès et Léo, aux éditions Dargaud
Les multiples visages du bonheur, vus par
six auteurs franco-belges et six auteurs
sud-américains. Le bonheur comme une
attente, une fleur qui va faner ou un
tableau de Matisse. Un matin de printemps
où l’auteur retarde lemoment fabuleux
d’annoncer au monde: «je suis papa.»
Un homme, seul depuis toujours, qui se dessine une famille
fantôme. Un pavé jeté contre un bus, la nuit, quand il vous passe
sous le nez sans s’arrêter. Un savant fou qui cherche le gène du
bonheur in vivo au fond d’un labo, un écrivain heureux d’écrire
des histoires tristes... Scénaristes et dessinateurs se réunissent ici
autour d’un thème universel. Dont l’existence n’est cependant
pas avérée...

Secrets bancaires
Opus 3.2, de Philippe Richelle et
Pierre Wachs, aux éditions Glénat,
collection Investigations
Le commissaire Brédard et ses inspecteurs
poursuivent leur enquête sur la
comptabilité suspecte d’un grand complexe
de remise en forme bordelais. Tout
semblait s’être accéléré avec la découverte
d’une liaison entre la directrice du
gymnase et PierreVautier, un des notables de la ville. Si ce n’est
que le procureur refuse d’instruire contre cet homme au-dessus
de tout soupçon, qui plus est fondateur d’une célèbre association
d’aide à l’enfance. Pendant ce temps Julien, fils de Vautier,
qui vient de rentrer dans l’équipe de l’association, poursuit sa
découverte de cet étrange environnement de don de soi et de
petits arrangements avec la morale...