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La passion à trois temps de François Monnin |
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Alors qu’il se destinait à devenir graphiste, François Monnin
a découvert la profession de bijoutier-joaillier. Il en a fait son métier et sa passion
 François Monnin dans l’atelier de son employeur, le créateur Christophe Graber à Zurich, avec deux de ses créations. En médaillon, une superbe bague qu’il a également réalisée. «Le métier de bijoutier
est assez difficile et
pas spécialement bien
payé. Il faut beaucoup
d’années d’expérience
pour se faire une belle
place». Cette constatation de
François Monnin n’est pas négative,
loin s’en faut. Mais il est vrai
qu’embrasser la profession de bijoutier-
joaillier demande énormément
de travail, de volonté et
évidemment de passion. Des
qualités que cet Ajoulot de 33
ans met encore en pratique, qu’il
soit à Zurich chez son employeur,
le créateur-bijoutier Christophe
Graber, ou avec ses étudiants, à
l’Ecole technique de la Vallée de
Joux au Sentier.
La révélation
Enfant de Bure, François grandit
entouré d’un frère et d’une soeur
aînés et dès sa scolarité - sans
histoire - terminée, il s’inscrit à
l’Ecole des arts appliqués à
Genève pour suivre la formation
de graphiste. «J’aimais bien le
dessin, mais surtout les formes et
les constructions en 3D. Je pensais
que le graphisme était artistique
alors que c’est surtout technique
». Du coup, il change
d’orientation dans la même école
et opte pour la bijouterie-joaillerie.
«A Genève j’ai pu voir ce
qu’était le métier et ça m’a tout
de suite emballé. Le contact avec
la matière, la construction artistique
alliée à la maîtrise technique
m’ont immédiatement passionnées.
» Il apprend, très bien
même, à tel point qu’au terme de
sa formation en 1998, il sort major
de sa promotion. Pas le temps
de dire ouf qu’il part sous les drapeaux,
pour finalement se retrouver
au chômage... «C’était
une période assez dure. Je ne
voyais pas l’avenir sous un jour
très favorable, avec la crise qui
sévissait.» Mais la chance est au
rendez-vous avec le coup de
pouce d’une fondation qui lui
trouve un stage à Zurich pour six
mois. Il entre alors dans l’univers
singulier du bijoutier Christophe
Graber... chez qui il est toujours,
depuis onze ans! Un «maître»
dont il a appris les finesses du
métier et un style totalement à
part. «Les bijoux que nous réalisons
sont très
graphiques, architectoniques
peut-on dire, essentiellement
en or gris mat,
parés de pierres
précieuses mais
aussi de divers
matériaux rares. Ces pièces sont
pour la plupart uniques, très
contemporaines et ont un succès
fou! L’inspiration va du gothiquechic
au classique-rock en passant
par des influences indienne
ou japonaise.»
Au sein de l’atelier où François
est très proche de son patron, six
autres bijoutiers travaillent pour
une clientèle internationale qui
plébiscite ces créations architecturales.
Presque toutes les pièces
vendues sont des commandes.
«On essaye de faire des bijoux
pour les vitrines, mais nous n’arrivons
pas à suivre!»
Malgré cette intensité de travail,
François se rend compte au bout
de quelques années que son
monde est somme toute limité:
«à l’atelier, on est confiné dans
son propre espace, très réduit.
J’ai toujours aimé les contacts et
lorsque l’Ecole technique de la
Vallée de Joux cherchait un
chargé de mission à 20%, j’ai
sauté sur l’occasion avec l’accord
de mon boss.» Depuis, il est
passé à un taux de 60% et transmet
son savoir à des élèves de 3e
et 4e années de bijouterie.
«Contrairement à ce qu’on pourrait
penser, c’est aussi créatif. Il
faut trouver des outils didactiques
pour intéresser les étudiants
et je peux vous dire que ce
n’est pas facile! Comme dans
d’autres métiers créatifs, on possède
la fibre ou pas. Je le vois tout
de suite dans une classe.»
Une relation intime
L’enseignement, dit-il, c’est aussi
une vocation. Il y a peu, l’Ecole
du Sentier lui a offert un poste à
100%: «j’ai refusé car j’ai aussi
une vie privée en Ajoie- Régine,
sa dame de coeur - et ça deviendrait
compliqué. Et je ne veux
pas cesser mon
activité créatrice
à Zurich. J’en ai
besoin, c’est vital.
Construire
un bijou, c’est
l’avoir déjà dans
la tête, anticiper
et réfléchir. Il
faut tenir compte des contraintes
de la matière, de la forme, du
poids, de la nature des pierres. Je
me sens vraiment à l’aise dans la
dimension et dans l’évaluation
de tous les paramètres. J’adore la
matière et le feu. Il faut du feeling,
de l’intimité avec la matière.
La comprendre, dès le départ.»
A l’entendre évoquer ainsi avec
fougue sa relation torride avec
l’or et les pierres précieuses, on
peut se demander si l’idée de
créer sa propre collection ne le titille
pas: «j’aimerais bien. Mais
pour le moment je n’ai vraiment
pas le temps et il faudrait que je
me détache du style Graber,
prendre d’autres risques. Mais j’y
pense...»/htm
Par
Hélène Theurillat-Moll
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